TROP DE MIEL

 

TROP DE MIEL

 

« Si tu trouves du miel, n’en mange que ce qui te suffit,

de peur que tu n’en sois rassasié et que tu ne le vomisses. »

(Proverbes 25.16)

 

          Il y a bien des années, je parlais avec un ami qui venait juste d’ouvrir un magasin de bonbons. Je remarquai alors la jeune fille qui servait derrière le comptoir. Je n’ignorais pas complètement l’amour que la plupart des femmes éprouvent à l’égard du chocolat. Je demandai alors à mon ami si cette jeune femme succombait à la tentation de se servir trop souvent dans le stock appétissant qui l’entourait de toutes parts, engloutissant du même coup les bénéfices de l’entreprise. Je n’ai jamais oublié la réponse qu’il me fit dans un grand éclat de rire : « Oh, tu sais, la première semaine, je laisse toujours mes vendeuses manger autant qu’elles le veulent. Cela les guérit tout de suite ! »

 

          Dans les Écritures, le miel représente tout ce qui est bon. Le Pays promis regorgeait de lait et de miel. C’est en mangeant du miel que Jonathan reprit un jour des forces, alors qu’il s’était fatigué à poursuivre les ennemis d’Israël. Le miel sauvage faisait partie du régime de Jean-Baptiste.

 

          Cependant, il est significatif que le commandement divin ait été : « Vous ne brûlerez rien qui contienne du miel parmi les offrandes consumées par le feu devant l’Éternel. » (Lévitique 2.11) Le miel a beau être apprécié par de nombreuses personnes, Dieu n’en voulait pas pour lui. Il ne pouvait jouer aucun rôle dans quelque sacrifice d’adoration que ce soit. On pouvait utiliser le sel, mais pas le miel.

 

          La caractéristique naturelle la plus remarquable du miel est sa douceur. Certaines expériences ou bénédictions spirituelles sont idéalement décrites comme étant douces, surtout en ce qui concerne leur partie émotionnelle et sentimentale. Il y a une certaine douceur dans la joie qu’apporte le pardon des péchés, un élément fort agréable dans la communion à la fois avec les chrétiens et avec le Seigneur, qui ne peut être décrit que comme étant doux.

 

          Certains chrétiens donnent l’impression d’être toujours dans un état spirituel maladif, comme s’ils avaient mangé trop de miel. Tout ce qu’ils expriment est empreint de superlatifs, et nous devons reconnaître que nous ressentons une sorte de nausée en entendant leur langage si riche de miel. Qu’ils prient, prêchent ou témoignent, nous entendons constamment dans leur bouche des adjectifs du genre « doux », « merveilleux », « précieux », « cher », « beau », « bien-aimé », et ainsi de suite. S’il se trouve des occasions et des sujets pour la description desquels les adjectifs les mieux choisis que la mémoire et la connaissance puissent nous fournir semblent insuffisante, nous devons cependant veiller à ne pas dévaluer les choses les plus sacrées.

 

          Lorsqu’on s’adresse à une assemblée de croyants, il est des moments où les sentiments les plus sincères nous pousseront à utiliser un bon et chaleureux « bien-aimés ». Mais il n’empêche que dans la plupart des églises, on suspectera une certaine vanité lorsque chaque phrase de l’orateur contiendra cet adjectif. Certains cantiques laissent un certain goût excessif de sucre dans la bouche. Un grand nombre de chants que l’on interprète régulièrement en solo ne sont que l’expression pure de la sentimentalité. On se doit de choisir avec soin les cantiques qui parlent du ciel et de la vie après la mort, car un grand nombre d’entre eux ne contiennent absolument pas de « sel » de vérité scripturaire. Certains cantiques se révèlent dangereusement trompeurs.

 

          C’est dans l’adoration, en particulier, que l’on doit veiller à ce qu’aucun miel ne vienne se mélanger au sacrifice. Notre âme apprécie la douceur de l’adoration publique, surtout lorsque plusieurs éléments de cette dernière en appellent à l’homme naturel. La bonne musique, la bonne prédication, la bonne compagnie au sein de l’assemblée, tout cela constitue une certaine forme de miel. Nos sentiments et nos goûts sont satisfaits, et nous apprécions vraiment ce genre de réunions. Cette sensation est légitime et normale, mais si nous ne veillons pas, cela peut devenir très égoïste . Sans oublier qu’il peut fort bien ne s’y trouver aucun des éléments d’un authentique sacrifice de louange que l’on offre au Père, dans l’adoration en esprit et en vérité. Dieu n’a que faire du miel du plaisir naturel que nous pourrions lui offrir, même s’il a été secoué par toute la douceur d’un art sanctifié dans la conduite des services religieux. La véritable source de l’adoration, c’est la révélation de la grâce et de la puissance divines à l’esprit humain.

 

          Même dans le domaine purement spirituel, il s’avère dangereux de garder trop de miel. Le baptême dans le Saint-Esprit, qui inonde le cœur de l’amour de Dieu, fait pénétrer l’âme dans la Terre promise pentecôtiste qui regorge de lait et de miel. Cependant, il s’agit d’un pays où l’on travaille et guerroie, et non d’un pays où les sens jouissent de transports mystiques et d’extases inédites. Certains ont laissé leur expérience de la Pentecôte faire naufrage en s’imaginant, dans leur folie, qu’elle ne consistait en rien d’autre qu’en des excitations spirituelles riches en miel et en révélations sentimentales. Or, l’expérience de Pentecôte sert d’abord au témoignage (Actes 1.8)

 

          Certains dons spirituels se révèlent particulièrement doux au palais de celui qui les utilise. La première épître aux Corinthiens montre de manière évidente que c’est dans le cas du don des langues, qui est un langage extatique donné à l’esprit humain pour qu’il vive une communion particulière avec Dieu ( 1 Corinthiens 14.2, 28). Et parce qu’il opère davantage dans le domaine du sentiment religieux que dans celui de l’entendement spirituel, son pouvoir d’édification pour l’église est limité (14.19). Il convient de ne pas en interdire l’usage, mais lors des réunions publiques, il faut le limiter à « tout au plus deux ou trois » (14.27). Traduit dans le langage de notre proverbe, cela donnerait : « As-tu trouvé du miel dans ton parler en langues ? Que l’usage que tu en fais en public, au sein de l’assemblée, ne soit que de « tout au plus deux ou trois cuillerées, afin que personne n’en soit rempli et ne le rejette. »

 

Donald GEE

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