LE CHANT DU ROSSIGNOL

 

LE CHANT DU ROSSIGNOL

 

          Un soir, au crépuscule, à Vauvert, j’ai entendu chanter le rossignol.

          Face à la lune qui allait endormir la terre, il chantait, après le long hiver, le retour impatiemment attendu du printemps. Il chantait la gloire à venir des jardins en fleurs, des vergers chargés de fruits et des prochaines moissons dorées et mûries sous l’ardente chaleur du soleil de l’été. A plein gosier, et avec des trilles d’une inaltérable pureté, il chantait la joie de vivre et le bonheur d’aimer…

          C’était merveilleux.

          Et moi, vieillard parvenu presqu’au terme d’une longue existence, puis-je chanter, moi aussi ? Ai-je même le droit de chanter ?

          Ah ! Certainement pas, si je n’avais au cœur la foi dont parlent nos saints livres, qui « est une vive représentation des choses qu’on ne voit pas, une démonstration des choses qu’on espère ».

          Sans cette foi, comme hélas tant de vieillards accablés par l’âge, et qui n’ont plus rien à attendre de la vie, je n’aurais eu à savourer, à l’heure des atroces déchirements, que l’amertume désespérante des liens qui se brisent pour toujours, et des adieux définitifs et sans consolation !

          Mais non ! Je suis un vieillard chrétien. Et dès lors, je puis chanter. J’ai le droit, le devoir même, de chanter. Appuyé sur la victoire suprême remportée par Jésus sur la tombe, au radieux matin de Pâques – victoire qui, depuis vingt siècles, a inondé le monde d’une invincible espérance – je chante, avec une reconnaissance infinie, la joie et l’allégresse des cœurs qui se sont aimés en Dieu ici-bas, et qui savent, lorsque la mort les sépare, qu’ils se retrouveront un jour.

          Ils se retrouveront au bienheureux pays d’où sont à jamais bannis les mots affreux de souffrance, de péché et de mort.

          Je chante la réalité certaine et glorieuse du Royaume de Dieu, du ciel toujours présent dans la vie de Jésus. Rappelez-vous seulement les derniers entretiens que le Seigneur eut avec ses disciples, quelques heures avant de monter au Calvaire. Dans ces moments, empreints d’une si émouvante et si solennelle intimité, Jésus parle aux siens de sa paix et de sa joie parfaite ; il les leur laisse ; il les leur donne, non pas comme le monde donne, de sorte que rien ici-bas, ni personne, ne pourra jamais les leur ravir.

          Oui, je chante avec Jésus et avec les multitudes qu’il a déjà accueillies dans la gloire céleste, l’alléluia joyeux et triomphant de la résurrection et de la vie éternelle ! Oh ! les doux revoirs dans la Patrie d’En Haut ! La Maison du Père !...En ce jour où se clôt irrévocablement mon 89° anniversaire, qui sera peut-être le dernier que nous célébrerons ici-bas, le vœu ultime de mon cœur et la prière ardente que j’adresse à Dieu pour chacun de vous, mes bien-aimés, les présents et les absents, et pour les amis aussi, proches ou lointains, c’est que, dans une foi personnelle et vivante en Jésus-Christ, le Sauveur, ce chant du vieux rossignol que je suis à cette heure, soit aussi le vôtre, dès maintenant !

 

Transmis par Alain PORCHEL

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