LA CRAINTE OU L’AMOUR

 

 LA CRAINTE OU L’AMOUR

 

          « La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. » (1 Jean 4.18)

 

          Dieu ne peut se satisfaire d’une vie chrétienne vécue par crainte du châtiment, et non par amour. Prenons une image. Il y a un abîme entre l’épouse qui ne trompe pas son mari par peur de ses réactions violentes, et celle qui lui est fidèle parce qu’elle l’aime. Comment Dieu pourrait-il se réjouir de voir des croyants vivre constamment dans la frayeur constante d’une punition, d’un blâme, d’un châtiment ?

 

          « La pleine assurance dont Jean vient de parler, même à la pensée du jugement (voyez le verset 17), est incompatible avec la crainte. L’amour, en effet, loin de redouter son objet, le désire et ne demande qu’une communion toujours plus intime avec lui ; plus l’amour grandit et s’approche de la perfection, plus il bannit la crainte. La raison qu’en donne l’apôtre est tout à fait conforme à la nature des choses : la crainte implique châtiment, c’est-à-dire qu’elle résulte de la séparation de l’âme et de Dieu, elle est le sentiment de culpabilité qui saisit le pécheur, ce malaise, ce tourment de sa conscience qui est le premier châtiment du péché (Genèse 3.10), et qui restera son châtiment éternel, à moins qu’il n’y ait pardon et réconciliation. Or, il est bien évident que là où cette crainte subsiste encore, la réconciliation n’a pas eu lieu ou n’a pas été pleinement saisie par la foi, la communion n’a pas été rétablie, l’amour ne règne pas, n’est pas parfait ». (Louis Bonnet, Bible annotée).

 

          Voici le commentaire de W. Wiersbe sur ce passage des Écritures :

 

          « Deux nouveaux mots apparaissent ici dans le vocabulaire de Jean : « crainte » et « châtiment ». Et ces deux mots s’adressent à des croyants ! Est-il possible que des chrétiens vivent réellement dans la crainte et les tourments ? Oui, malheureusement, de nombreux croyants vivent ainsi parce qu’ils ne grandissent pas dans l’amour de Dieu […]

          La langue française a adopté le mot grec signifiant « crainte » : « phobia ». Les livres de psychologie relèvent un grand nombre de phobies, telles « l’agoraphobie » (crainte des espaces libres et des lieux publics) et « hydrophobie » (crainte morbide de l’eau). Jean parle de la « krisisphobia » : la crainte du jugement. Il avait déjà mentionné cette vérité importante dans 2.28 ; maintenant, il en reprend le développement.

          Si les gens ont peur, c’est qu’une chose passée les hante, ou qu’une chose présente les trouble, ou qu’une chose future semble les menacer. Cela peut aussi être une combinaison de ces trois causes. Celui qui croit en Jésus-Christ n’a aucune raison de craindre le passé, ni le présent, ni le futur, car il a connu l’amour de Dieu, et cet amour devient de jour en jour plus parfait en lui.

          « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (Hébreux 9.27). Le chrétien ne craint pas le jugement à venir parce que Christ a subi le châtiment à sa place sur la croix. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5.24). « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (Romains 8.1). Pour le chrétien, le jugement n’est pas futur, il est passé. Ses péchés ont déjà été jugés à la croix ; ils ne lui seront plus jamais reprochés.

          Le secret de notre assurance est ce passage de Jean : « Tel il est lui, tels nous sommes aussi dans ce monde » (1 Jean 4.17). Nous savons que « nous serons semblables à lui » à son retour (3.1, 2), mais cette affirmation concerne essentiellement le corps glorifié que les croyants recevront (Philippiens 3.20, 21). Devant Dieu, nous sommes d’ores et déjà « semblables à lui ». Nous sommes si étroitement identifiés à Christ, en tant que membres de son Corps, que notre position dans ce monde est semblable à son éminente position dans les cieux.

          Cela veut dire que le Père nous traite comme il traite son propre Fils bien-aimé. Comment pourrions-nous désormais avoir peur ?

          L’avenir ne devrait pas nous effrayer, car nos péchés ont été jugés en Christ lorsqu’il est mort sur la croix. Le Père ne peut plus juger de nouveau nos péchés sans juger son Fils, car « tel il est lui, tels nous sommes aussi dans ce monde. »

          Le passé ne devrait pas nous effrayer non plus parce qu’ « il nous a aimés le premier ». Dès le début, notre relation avec Dieu a été une relation d’amour. Non parce que nous l’aimions, mais parce que lui nous aimait (cf 1 Jean 4.10). « Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à bien plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie » (Romains 5.10). Si Dieu nous aimait malgré notre désobéissance, alors que nous ne faisions pas encore partie de sa famille, combien plus nous aime-t-il maintenant que nous sommes ses enfants !

          Le présent enfin, ne devrait pas nous effrayer, car « l’amour parfait bannit la crainte » (1 Jean 4.18). Croissant dans l’amour de Dieu, nous cessons de craindre ce qu’il pourrait nous faire.

          Il y a certes une « crainte de Dieu » tout à fait légitime, mais ce n’est pas la crainte qui engendre les tourments. « Et vous n’avez pas reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (Romains 8.15). « Car ce n’est pas un esprit de timidité (crainte) que Dieu nous a donné, mais (un esprit) de force, d’amour et de sagesse » (2 Timothée 1.7).

          En fait, la crainte est le commencement des tourments. C’est un véritable tourment que d’envisager ce qui nous attend ! Beaucoup de gens souffrent terriblement à la seule pensée de devoir aller chez le dentiste. Pensez à ce qu’une personne inconvertie doit endurer en envisageant le jour du jugement ! Mais puisque le chrétien considère avec hardiesse ce jour du jugement, il peut aussi être confiant en commençant une nouvelle journée, car aucune circonstance de cette journée ne saurait être comparée à la redoutable sévérité du jugement dernier.

          Dieu veut que ses enfants vivent dans une atmosphère d’amour et de confiance, et non de crainte  et de tourment. Nous ne devons pas craindre parce que nous approchons chaque jour un peu plus de la perfection dans notre amour de Dieu. « Qui nous séparera de l’amour de Christ ? La tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou le dénuement, ou le péril, ou l’épée . ??? Mais dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en-haut, ni ceux d’en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ Jésus notre Seigneur ! » (Romains 8.35, 37-39).

          Imaginez cela ! Rien, dans toute la création, qu’il s’agisse du présent, ou du futur, ne pourra s’interposer entre nous et l’amour de Dieu !

          L’amour de Dieu progressant dans notre vie passe généralement par plusieurs étapes. Lorsque nous étions encore perdus, nous vivions dans la crainte et ne savions rien de l’amour de Dieu. Après avoir cru en Christ, nous avons éprouvé dans notre cœur un angoissant mélange de crainte et d’amour. Mais au fur et à mesure que nous avons grandi dans la communion avec le Père, la crainte a disparu peu à peu, et nos cœurs sont passés sous le contrôle de son amour seul. Le chrétien qui n’a pas encore atteint la maturité est ballotté entre la crainte et l’amour ; celui, au contraire, qui est arrivé à l’état de maturité se repose dans l’amour de Dieu. » (W. Wiersbe, « Soyez authentique », commentaire pratique sur la première épître de Jean)

 

          Quant au pasteur Albert Nicole, il écrit à propos de ce verset :

            « Il n’y a pas de crainte dans l’amour… » Le sentiment tout naturel qui s’empare de l’homme non seulement en face des manifestations du monde supérieur, mais encore par la perspective de la mort (Hébreux 2.15) que suit le jugement (Hébreux 9.27), s’évanouit sous l’influence de l’amour. Le mot « crainte » est mis en tête afin d’insister sur cette vérité et d’en montrer toute l’importance.

          « Mais l’amour parfait… » Tiré du verbe « accomplir » (cf v.17), cet adjectif dont le sens étymologique est « qui a atteint le but de sa destinée » employé seulement ici dans notre épître, se rencontre encore en Matthieu 5.48 ; 19.21 ; Romains 12.2 ; 1 Corinthiens 2.6 ; 13.10 ; 14.20 ; Éphésiens 4.13; Philippiens 3.15 ; Colossiens 1.28 ; 4.12 ; Hébreux 5.14 ; 9.11 ; Jacques 1.4, 17, 25 ; 3.2.

          « Bannit la crainte », littéralement « jette dehors ». L’adverbe placé au début de ce membre de phrase, en renforce l’énergie. Sur quel fondement reposerait la crainte dans le cœur d’un croyant que l’amour divin remplit ? La crainte divise, l’amour unit ; elle condamne, il absout ; elle abaisse, il élève ; elle endeuille la perspective de la mort, il réjouit par la promesse de la vie.

          « Parce que la crainte suppose un châtiment » ou « a la punition ». Derechef l’ordre des mots attire l’attention. C’est sur le terme « punition » qu’est mis l’accent, cf. Matthieu 25.46 seul passage du Nouveau Testament où il se retrouve. Bonsirven estime que ce passage « abonde en difficultés » et propose de traduire « avoir » par « porter, contenir, renfermer ». Il nous semble préférable de garder au verbe son sens habituel « posséder ». La crainte est un châtiment voulu de Dieu. Elle manifeste que le mal sépare l’homme de son Créateur et provoque son courroux. Elle est la conséquence du péché et, par là-même, salutaire.

          « Mais celui qui craint n’est pas accompli dans l’amour. Donc, toutes les fois qu’un croyant ressent encore de la crainte, il n’a pas atteint le but pour lequel il a été engendré par Dieu.

          L’enseignement biblique semble, à cet égard, peu cohérent. D’une part « la crainte de Dieu » est présentée comme un devoir dont l’accomplissement reçoit sa juste récompense (Genèse 22.12 ; Deutéronome 10.12 ; Psaume 2.11 ; 4.5 ; 5.8 ; 15.4 ; 19.10 ; 22.24 ; 34.8, 10, 12 ; 36.2 ; 103.11, 13, 17 ; 112.1 ; 115.13 ; 128.1, 4 ; 130.4 ; Proverbes 1.7 ; 9.10 ; Esaïe 11.3. 29;13. Jérémie 2;19. Luc 12.5 ; Romains 3.18 ; 2 Corinthiens 5.11 ; 7.1 ; Éphésiens 5.21 ; Philippiens 2.12 ; Colossiens 3.22 ; Hébreux 12.28). Dans le livre des Actes, les païens désireux d’écouter la lecture de la Loi et des Prophètes, sans toutefois accepter la religion juive, sont appelés « les craignant Dieu ». De l’autre, l’esprit de crainte est opposé, comme ici, à l’esprit d’amour du christianisme (Matthieu 10.26, 28 ; Luc 8.50 ; 12.7, 32 ; Romains 8.15). On le voit, le mot a deux sens différents ; l’un qui est synonyme « d’avoir peur », l’autre « d’honorer, servir, adorer ». Le passage où ce dernier sens éclate avec le plus d’évidence est celui où Josué, après avoir exhorté à Sichem les Israélites à « craindre l’Éternel » (24.14) déclare : « Pour moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (24.15). (Albert Nicole, « Obéissance et amour », commentaire sur les trois épîtres de Jean).

 

          Citons encore John Stott :

 

          « L’amour qui mène à l’assurance bannit la crainte. Il n’y a pas de crainte (pas de crainte servile) dans l’amour, c’est-à-dire : il n’y a pas de place pour la crainte dans l’amour. Les deux sont aussi incompatibles que l’huile et l’eau. Nous pouvons aimer Dieu et le respecter en même temps (cf Hébreux 5.7), mais nous ne pouvons pas nous approcher de lui dans l’amour et, en même temps nous cacher de lui dans la crainte (cf. Romains 8.14-15; 2 Timothée 1.7). En fait, c’est par amour pour Dieu qu’une fausse peur paralysante est vaincue. L’amour « jette la crainte par la porte » (Law). La raison pour laquelle l’amour parfait ne peut pas coexister avec la crainte est donnée : « la crainte implique un châtiment ». La crainte introduit la notion de châtiment, qui est tout à fait étrangère aux enfants de Dieu pardonnés et pleins d’amour pour lui. On peut aussi comprendre que la crainte « inclut, apporte avec elle » (Westcott) la punition qu’elle redoute. En d’autres termes, « la crainte a en elle-même quelque chose de la nature d’une punition » (Brooke, Law). Craindre, c’est déjà commencer à subir un châtiment. Une fois assurés que nous sommes « tels qu’il est lui » (v.17), les enfants bien-aimés de Dieu, nous cessons d’avoir peur de lui. Il est donc évident que « celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour » (John Stott, « Les épîtres de Jean »).

 

Paul BALLIERE

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