LES ATTAQUES CONTRE L’AUTORITÉ DE L’ECRITURE
(1° partie)
1. L'esprit rebelle de l’homme.
Créé à l’image de Dieu, appelé à dominer sur la terre, l’homme possède un incroyable esprit d’indépendance et d’ambition. Il est tombé par orgueil, pour avoir voulu se libérer de la tutelle du Créateur. Il est emporté par « l'esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion » (Eph. 2.2). Il lui est pénible par-dessus tout de s’avouer dépendant, de reconnaître les limites de sa raison et de ses forces. Tout « paternalisme » le hérisse, même celui qu’il croit discerner en Dieu.
Sur la terre entière, l’homme fait actuellement un formidable effort pour se libérer de toute autorité qui ne serait pas la sienne propre.
« Pourquoi ce tumulte parmi les nations, ces vaines pensées parmi les peuples ? Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils et les princes se liguent-ils avec eux contre l’Eternel et contre son Oint ? Brisons leurs liens, délivrons-nous de leurs chaînes ! » (Ps. 2.1-3).
Cette révolte a déjà produit la croix : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous!» (Luc 19.14). Elle s’attaque maintenant plus que jamais à l’Ecriture, haïe à cause de son autorité. Car la Bible, Parole de Dieu, est le plus grand obstacle à la prétendue émancipation de l'humanité. L’Antichrist va paraître, que Paul nom- me « l’impie », ou plutôt « celui qui est sans loi » (anomos, en grec, 2 Thess. 2. 8). Que la Bible est gênante de rappeler à la conscience les droits imprescriptibles de Dieu, et d’annoncer la proximité du grand règlement de comptes ! La première tentation a été une attaque de front contre la Parole et son autorité : « Dieu a-t-il réellement dit ? » (Gen. 3.1). Sachant qu’il lui reste peu de temps, l’ennemi mobilise maintenant toutes ses troupes contre le rocher inexpugnable de la Révélation.
2. Combien d’autorités s’affrontent-elles ?
a) Dieu ou l’homme.
Il n’y a au monde que deux religions : celle de Dieu offrant la rédemption par Jésus-Christ, et celle de l’homme englobant tous les systèmes basés sur les inventions et les mérites de la créature qui veut se sauver par ses efforts. De même, deux autorités seulement s'affrontent :
celle de Dieu, de Christ, de la Bible, et
celle de l’homme.
Ayant déjà parlé de la première, voyons de plus près la seconde. Il s’agit en somme de la lutte entre deux impérialismes. Dieu, notre Créateur et notre Sauveur, a tous les droits sur nous. Pour nous affranchir et nous rendre éternellement heureux, il veut régner sans conteste sur notre cœur, notre âme et même notre pensée. L'homme se regimbe contre cette prétention aussi bien dans le domaine de la religion que de la raison, de la science, de la morale et de la politique. L’humanité succombe sans cesse à la tentation de dire : « A toujours, je serai souveraine. Moi, et rien que Moi!» (Es. 47.7-8). C’est qu’au fond, elle préfère adorer et servir la créature (elle-même), au lieu du Créateur (Rom. 1.25).
Si la raison devient autonome, la science athée, la morale détachée de toute règle, la politique simplement païenne, l’homme se croit affranchi, alors qu’il a transformé chacun de ces domaines en une religion nouvelle, en une « idéologie » comme on dit aujourd’hui. Loin d’avoir supprimé toute autorité, il en a simplement choisi une autre, qui connaît aussi ses pontifes, son fanatisme et son infaillibilité.
Sur le plan qui nous occupe, les divers courants qui s’opposent à la souveraineté de la Parole de Dieu sont tous issus de la même résistance de l’homme en face de son Créateur.
b) L'autorité de l'Eglise.
Sous des formes variées, cette tendance cherche à écarter, à partager ou à diminuer l’autorité de l’Ecriture.
Le Pape est proclamé seul chef infaillible de l'Eglise ici-bas.
Les livres apocryphes sont ajoutés au Canon, pour appuyer des doctrines qui ne s’y trouvent pas ;
L'Ecriture est soumise à l’autorité de l'Eglise et son interprétation dépend entièrement de cette dernière. Le magistère affirme se baser sur l’opinion unanime des Pères de l’Eglise, mais cette unanimité n'existe pas.
La Tradition, les décisions des conciles et les déclarations du Pape ex cathedra étant mises sur le même pied que l’Ecriture, celle-ci peut être complétée à volonté. Elle est de toute façon réduite à un rôle secondaire. La critique biblique récemment autorisée par Rome (voyez les notes de la Bible de Jérusalem !), n’a pas un effet aussi déterminant que chez les protestants, car elle n’attaque pas l’autorité suprême de l’Eglise.
Quant à l’Église orthodoxe, se proclamant elle-même infaillible, elle base sa doctrine, non seulement sur l’Ecriture, mais sur les décisions des sept premiers conciles dits œcuméniques (déjà éloignés sur bien des points de cette dernière).
c) L'autorité de la raison religieuse et critique.
On ne saurait dire avec quel soulagement certains théologiens se sont débarrassés de la « camisole de force» d’une Bible infaillible pour lui substituer leurs propres raisonnements. Le professeur E. Brunner le dit on ne peut plus clairement : « Autrefois, on terminait abruptement la discussion avec l’affirmation « Il est écrit », c’est-à-dire en faisant appel à la doctrine de l’inspiration verbale de l’Ecriture Sainte. Aujourd’hui, nous ne pourrions plus agir ainsi, même si nous le désirions… Un recours final à ce que dit le texte biblique est impossible. Même derrière les personnages primitifs de la doctrine chrétienne, derrière les paroles de Jésus et des apôtres, il faut toujours chercher d’abord le véritable enseignement... On ne peut pas non plus identifier la Bible à la « Parole » de Dieu, déjà pour cette raison que la notion de « Parole de Dieu » constitue elle-même un problème » (Der Mittler, et Dogmatik I, Prolegomena).
S. van Mierlo explique très bien le pourquoi d’une telle attitude. «Les théologiens « modernes » condamnent les « religions d’autorité», et ne permettent pas qu’une autorité extérieure à l’homme s'impose. Mais ils arrivent eux-mêmes à une telle religion. Car si toute l’Ecriture n’est pas inspirée par Dieu, si elle se compose en grande partie de documents de valeur douteuse, rassemblés par des auteurs inconnus, comment le croyant non spécialisé dans la critique s’y retrouve-t-il ? Comment se rendra-t-il compte à quel moment la Bible ne fait que rendre les opinions, purement humaines, de certains personnages anciens ? Il faudra donc que tout homme consulte les théologiens pour savoir en quels textes il peut avoir confiance, comment il faut les lire. Mais comme ces hommes de la critique diffèrent souvent entre eux, il devra encore choisir l’un d’eux. C’est donc cet élu qui deviendra une autorité. On objecte donc contre l’autorité de Dieu, mais on accepte celle d’un homme» (op. cit., p. 69). Et que se passe-t-il lorsque le grand théologien choisi comme maître à penser évolue et contredit bientôt ce qu’il a enseigné, ou qu'ayant tout simplement passé de mode, il est remplacé par un nouvel augure aussi faillible que lui ?
Pour certains, il ne saurait y avoir là d’inconvénient. Le caractère de la foi, disent-ils, exige la liberté, qui ne serait plus garantie si la révélation nous imposait d’autorité des vérités toutes faites. Il faut donc qu’il y ait des erreurs, des contradictions, des légendes et des mythes, afin que nous ne soyons jamais sûrs qu’un passage donné exprime une vérité. Ainsi le « risque de la foi » est assuré par la méthode du doute. Le lecteur sentira par sa « conscience religieuse » ce qu’il y a de vrai dans le texte, il percevra si par l’Esprit Saint celui-ci devient pour lui « parole de Dieu » (même s’il contient en fait une erreur ou une légende). Un tel subjectivisme, totalement incontrôlable, nous laisserait sans aucune assurance ni certitude. Est-il nécessaire de dire que cette « méthode du doute » est diamétralement opposée à la foi ? Elle incite le lecteur à tout aborder avec méfiance, et à rejeter tout ce qui ne lui plaît pas (ibid., cf. pp. 69-70). Comme le fait observer le Dr S. Külling : « Tout dépend de notre attitude au départ : avons-nous affaire à un livre divin et non seulement humain ? Un livre divin réclame une confiance de principe, et non pas une méfiance de principe » (Bibel und Gemeinde, Okt. 1965, p. 344).
Dans son livre déjà cité, J.I. Packer s’exprime de la façon suivante : « Ceux qui critiquent les « fondamentalistes » sont des subjectivistes en matière d’autorité. Ils se basent sur l’acceptation de certaines présuppositions et conclusions de la critique biblique du XIX siècle, radicalement opposées à ce que la Bible dit d’elle-même. Sur cette base, ils pensent nécessaire de dire, et même de proclamer que certaines assertions scripturaires sont fausses. Ils disent donc que nous devons employer notre entendement chrétien pour discerner, sous les mots faillibles des hommes, l’éternelle vérité de Dieu. Mais ceci empêche de reconnaître à l’Ecriture une autorité sans réserve. Ce qui fait autorité aujourd’hui ce n’est pas l’Ecriture telle qu’elle est, mais l’Ecriture élaguée par une certaine science, autrement dit des opinions humaines au sujet de l’Ecriture. Il est vrai que ces critiques parlent encore en théorie du principe de l’autorité scripturaire, mais leur conception de la nature de l’Ecriture les empêche en fait de l’appliquer… Leur opinion revient à dire que la question d’autorité est maintenant réglée. L'autorité suprême est incontestablement la raison chrétienne qui doit partir à la recherche de la parole de Dieu dans la Bible, à la lumière de principes critiques rationalistes » (Fundamentalism and the Word of God, pp. 72-73).
Et voici ce qu’écrit le Dr D. Martyn Lloyd Jones, l’un des meilleurs théologiens de langue anglaise : « On nous dit que nous devons accepter et croire le message (de la Bible), mais que nous pouvons être moins exigeants au sujet des faits. Je lisais l’autre jour... un article concernant un récit de Daniel, dont l’auteur concluait : « Peu importe, à notre avis, que ces pages soient une histoire vraie littéralement, ou une splendide parabole pour toutes les générations ». Ceci est typique de l'attitude adoptée. Les faits ne comptent vraiment pas beaucoup. Ce qui compte, c’est le message spirituel, l’enseignement… Et l’on nous dit souvent que cette position est essentiellement nouvelle. Mais sûrement, si vous analysez un instant ce qu’ils disent, vous concluez qu’au fond c’est toujours la même vieille position. Car voici les questions qui se posent immédiatement : Qui décide ce qui est vrai ? ce qui a de la valeur ? Comment distinguez-vous les grands faits vrais de ceux qui sont faux ? Comment établissez-vous la différence entre les faits et l’enseignement ? Comment séparez-vous le message essentiel de la Bible, de l’arrière-plan sur lequel il est présenté ? D’ailleurs, de pareilles divisions et distinctions n'apparaissent certainement pas dans l’Ecriture. Rien n'indique ni ne fait soupçonner que certaines parties y sont importantes, et d’autres pas... »
« En d’autres termes, la position moderne revient à ceci : c’est la raison de l’homme qui décide. En nous approchant de la Bible, vous et moi faisons notre choix selon certains principes qui sont évidemment dans nos esprits. Nous décrétons qu’un passage biblique est en accord avec le message auquel nous croyons, et qu’un autre ne l’est pas. Malgré tout ce qu’on dit d’une situation aujourd’hui nouvelle, on nous laisse dans la position où la connaissance et la compréhension de l’homme sont l’arbitre suprême et la dernière cour d’appel. C'était exactement la position du vieux libéralisme. »
« Quelques-uns cependant présenteraient les choses un peu différemment. Ils diraient que vous devez reconnaître comme Parole de Dieu ce qui vraiment vous parle. Lorsque quelque chose dans la Bible s'applique à votre condition, c’est la Parole de Dieu ; sinon, ce n’est pas la Parole de Dieu. Ceci vous laisse de nouveau dans une position totalement subjective. C’est encore l’homme qui règne, qui a l'autorité de décider ce qui vraiment est la Parole de Dieu et ce qui ne l’est pas ».
« Un autre aspect de l'attitude moderne apparaît dans la suggestion que nous autres évangéliques conservateurs sommes des « bibliolâtres », mettant les Ecritures à la place du Seigneur. Quant aux critiques, leur autorité, disent-ils, c’est le Seigneur et non les Ecritures. Ceci au premier abord paraît très impressionnant et imposant, comme si ces personnes exprimaient le but même que nous aussi nous efforçons d’atteindre. Une telle position semble hautement spirituelle jusqu’à ce que, une fois de plus, vous commenciez à l’examiner de près. Voici quelques questions évidentes à poser à nos interlocuteurs : Comment connaissez-vous le Seigneur ? Que savez-vous de lui en dehors des Ecritures ? Où le trouvez-vous ? Ce que vous semblez avoir expérimenté à son sujet, comment savez-vous si ce n’est pas une fiction de votre imagination, le produit d’un état psychologique anormal, ou même peut-être l’effet d’une puissance occulte ou d’un mauvais esprit ? C’est très impressionnant d'entendre quelqu'un dire : Moi, je m’adresse au Seigneur directement. Mais il s’agit de savoir sur quoi repose notre connaissance du Seigneur, quelle certitude nous en avons, et quelle solution nous donnons pratiquement au problème de son autorité (« Authotity » pp. 34-36).
(à suivre)
René PACHE

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