LE SERVICE DES LEVITES
(6° partie)
Histoire ultérieure et décadence
1. L'épreuve
Le beau temps de Salomon fut court. Déjà de son vivant, le déclin avait commencé. Sous Roboam, son fils, vint la division du royaume; les Lévites disséminés dans le territoire des dix tribus, se trouvèrent placés devant un grave problème. Jéroboam introduit l’idolâtrie et établit des sacrificateurs pour les hauts lieux, pour les boucs et pour les veaux qu'il avait faits (2 Chroniques 11.15). Il repousse les Lévites de la sacrificature de l'Éternel. Que faire ? Se soumettre ? Aller de temps en temps à Jérusalem ? — « Les Lévites abandonnèrent leurs banlieues et leurs possessions et vinrent en Juda et à Jérusalem » (v.13-14). Ils ont préféré abandonner ce qu'ils avaient, les lieux qui leur étaient chers, et venir là où le nom de l'Éternel était encore librement reconnu et adoré. Ils ne s’arrêtaient pas au fait de ne retrouver ni possessions ni banlieues. Ils n'étaient pas découragés par les dîmes beaucoup plus restreintes, fournies par deux tribus au lieu de douze pour le même nombre de Lévites qu'auparavant.
Cela a été un dilemme tragique de tout temps pour plusieurs serviteurs du Seigneur et le reste encore. Peut-être sera-t-il nôtre un jour ! Sur un plan parallèle, le simple changement de domicile est un problème actuel, soit pour les jeunes aux études ou en apprentissage, soit pour les plus âgés en quête d’une résidence pour leur famille ou pour des raisons professionnelles. N’est-il pas important de choisir ou plutôt de laisser le Seigneur nous montrer l'endroit de son choix? Pour le discerner, le fait qu'il s’y trouve ou non une assemblée, n’est-il pas un facteur de la plus haute importance ? Peut-être sera-t-elle petite, et y serons-nous d'autant plus exercés personnellement à y commencer cet apprentissage de lévite que nous avons vu dans les pages précédentes! Dans des cas plus rares, le Seigneur pourra nous conduire, ou nous serons contraints par les circonstances, à vivre en un lieu où il n’y a pas d’assemblée. On recherchera avant tout la communion avec l'assemblée la plus proche dans la région. À l'endroit où l’on sera appelé à vivre, on pourra aussi être exercé à rencontrer les âmes intéressées aux choses de Dieu. Il sera bon de leur apporter un message, de les réunir peut-être chez soi pour considérer ensemble la Parole de Dieu, et le Seigneur pourra conduire plus loin. Cela nous paraît très extraordinaire, à première vue. Pourtant c'est l'expérience bénie faite depuis des dizaines d'années par des frères déplacés dans certains pays étrangers. En cherchant le contact avec les âmes qui aiment le Seigneur, ils ont été souvent le moyen de la formation de nouveaux rassemblements. Sans doute une grande dépendance est-elle nécessaire, de l'humilité, de l'énergie, de la persévérance, car l'ennemi ne néglige aucun effort pour gâter et entraver l’œuvre de Dieu.
Quoi qu'il en soit, et dans quelque rassemblement que le Seigneur nous place, puissions-nous y être des aides et non des entraves. Lorsque tel jeune quittera une localité, on sera heureux d'entendre les amis dire: « Quel beau souvenir ce jeune homme nous laisse ; il nous a vraiment aidés ». Inversement, dans l'endroit où nous nous trouvons, sachons entourer les jeunes qui viennent à nous pour un moment ou pour s'y fixer. Ils doivent pouvoir trouver accueil et encouragement, être suivis et aidés dans leurs problèmes ou leur solitude. Dans une grande assemblée, il importera aussi aux jeunes temporairement là, de ne pas se dérober à la fin des réunions, mais d’avoir à cœur de rechercher le contact avec les autres jeunes de l’endroit et les amis connus ou inconnus. À cause du grand nombre, ils pourraient hélas passer inaperçus ! Mais si le contact a lieu, et que plus tard cet ami s’en aille — telle fut l'expérience de plusieurs d’entre nous — ne sera-t-il pas heureux de dire: « Que de bien j'ai reçu dans cette assemblée, où le Seigneur, par le moyen de divers amis, m'a souvent parlé d’une façon décisive ! »
2. Enseigner la loi
Sous Josaphat, nous voyons les Lévites exercer une nouvelle fonction. En 2 Chroniques 17.7-9, ils s’en vont avec d’autres pour « enseigner en Juda, ayant avec eux le livre de la loi de l'Éternel ». Ils font le tour de toutes les villes et instruisent le peuple. C'était déjà un temps de décadence. Y aurait-il eu meilleur moyen pour ramener les cœurs au Seigneur, que de leur présenter sa Parole, la leur expliquer, la leur faire comprendre ? La même bénédiction se répète sous Josias, après avoir retrouvé le livre de la loi (2 Chroniques 34.30 et 35.3), où nous voyons les Lévites « enseigner tout Israël ». Quel service béni que les rares Lévites revenus de la captivité purent accomplir au temps de Néhémie! « ils faisaient comprendre la loi au peuple… ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu et ils en donnaient le sens lorsqu'on lisait » (Néhémie 8.7-8)!
3. Le cantique
Nous trouvons aussi, du temps des rois, une magnifique occasion où les chantres firent entendre leurs voix. En 2 Chroniques 20, Josaphat est attaqué par une grande multitude; son royaume est en danger. Il recherche l'Éternel, convoque le peuple pour prier avec lui, et prononce les paroles mémorables : « O notre Dieu, il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi » (v. 12). Alors un chantre, fils d’Asaph, est employé pour donner au peuple la promesse de la victoire: « Ce n’est point à vous de combattre en cette affaire ; présentez-vous, et tenez-vous là, et voyez la délivrance de l'Éternel ». Le lendemain, quand Josaphat sort avec son armée « il tint conseil avec le peuple et il établit des... chefs pour diriger les troupes ? » — non: « des chantres pour l'Éternel et ceux qui louaient dans la sainte magnificence ». Devant l'ennemi et le danger si grand qui les menaçait, ces hommes chantent! « Et au moment où ils commençaient le chant de triomphe et la louange », l'Éternel mit des embûches contre leurs ennemis qui furent battus et s’entre-tuèrent. Josaphat et son peuple n’eurent plus qu’à piller le butin. On comprend que le quatrième jour, ils s’assemblèrent pour bénir l'Éternel et le louer. Rentrés à Jérusalem, ils viennent à sa maison, avec des luths et des harpes et des trompettes, pour lui rendre grâces.
Sous Ézéchias, nous retrouvons le cantique de louange, cette fois lié au sacrifice. Après la restauration du temple, sa purification, Ézéchias convoque le peuple pour offrir à nouveau les sacrifices. Il place les Lévites dans la maison de l'Éternel avec les instruments de David et dit d'offrir l’holocauste sur l'autel. « Et au moment où commença l’holocauste, le cantique de l'Éternel commença... et le cantique se chanta, et les trompettes sonnèrent, tout le temps jusqu'à ce que l’holocauste fût achevé » (2Chroniques 29.27-28). Passage remarquable qui nous montre que sans l’holocauste, il n'y aurait pas de cantique ! Sans la mort de Christ sur la croix, où il a parfaitement glorifié Dieu, la louange de ses rachetés ne serait jamais montée dans le sanctuaire.
Sous Néhémie, à la dédicace de la muraille de Jérusalem, les Lévites font entendre leurs voix, « pour faire la dédicace avec joie, avec des louanges et des chants » (Néhémie 12.27).
Les fils des chantres s’assemblent. On pense aux jours d'autrefois « aux jours de David et d'Asaph où il y avait des chefs pour diriger les chantres, les chants de louanges et les cantiques d'actions de grâces à Dieu » (Néhémie 12.46). Ce temps passé peut revivre ; « aux jours de Zorobabel et aux jours de Néhémie, tout Israël donnait les portions des chantres, chaque jour ce qu’il fallait » (Néhémie 12.47). Ils reprennent leur service d’adoration et de louange malgré l'époque de ruine où ils vivaient.
4. Les réveils
Nous trouvons dans l’histoire des rois de Juda plusieurs réveils successifs, c’est-à-dire autant de retours à la Parole de Dieu et à sa maison. Les portiers y jouent souvent un rôle dans lequel il serait trop long d'entrer. Mentionnons simplement leur place importante au couronnement de Joas (2 Chroniques 23.4, 7, 8). Sous Joas (2 Chroniques 24) et Josias (2 Chroniques 34) les Lévites rassemblent l'argent nécessaire à la restauration du temple. Sous Ézéchias, ils s'occupent de sa purification (2 Chroniques 29) et viennent même en aide aux sacrificateurs trop peu nombreux (v. 34).
Ils participent activement à la Pâque célébrée sous ce roi (2 Chroniques 30.15, 21-22) et prononcent avec les sacrificateurs la prière de bénédiction (v. 27). De même en 2 Chroniques 35, ils ont toute leur place dans la Pâque célébrée par Josias (v. 3-6, 15). Sous Ézéchias encore, ils reprennent leur rôle d’intendants, dans l’administration des dîmes (2 Chroniques 31.12-14) et leur distribution méthodique à tous les bénéficiaires (v. 14 et suiv.) inclut leurs petits-enfants, leurs femmes, leurs fils et leurs filles.
5. Le retour de la captivité
Les Lévites, encore nombreux sous les derniers rois, même plus nombreux que les sacrificateurs, se sont faits très rares au retour sous Zorobabel, puis sous Esdras. En Esdras 2.40, il n’y a que 74 Lévites contre quelques milliers de sacrificateurs et seulement 128 chantres et 39 portiers. Au deuxième retour, Esdras rassemble le peuple « vers le fleuve qui s’en va vers Ahava » (Esdras 8.15). Il ne trouve parmi eux « aucun des fils de Lévi ». Il faut user de persuasion et de démarches pour rassembler moins de quarante hommes (v. 18, 19). Parmi eux se trouvait « un homme intelligent » dont le nom n’est même pas rappelé (est-ce le voile de l'humilité ?). Sans doute fut-il utile à ses frères puisqu'il leur fut amené « selon que la bonne main de notre Dieu était sur nous ». Dans un temps de ruine, combien le ministère d’un seul homme intelligent dans les choses de Dieu, agissant sous son regard et dans sa crainte, peut être en bénédiction à plusieurs ! Sous Néhémie, les Lévites sont à peine mentionnés dans la réparation de la muraille (Néhémie 3.17), alors que d’autres furent beaucoup plus zélés pour ce travail fondamental.
Malgré leur petit nombre, les Lévites fidèles revenus de la captivité purent reprendre leurs fonctions. Ils surveillaient l’œuvre de la maison de Dieu (Esdras 3.8-9) et furent rétablis dans leur service (6.18). Ils étaient « tous purs » pour célébrer la Pâque (v. 20). Un certain nombre, dont la liste nous est donnée, eurent à cœur d’habiter à Jérusalem, comme autrefois leurs pères campaient autour du tabernacle (Néhémie 11.15-19). De nouveau, comme nous l'avons vu, ils purent expliquer la loi et les chantres firent entendre leurs voix.
Les portiers reçurent une mission particulière pour empêcher les marchands de pénétrer à Jérusalem le jour du sabbat (Néhémie 13.15-22). Néhémie leur confia la charge de fermer les portes de la ville lorsqu'elles commençaient à être dans l'ombre avant le sabbat et de ne les rouvrir qu’une fois le sabbat terminé (v. 29). N'y a-t-il pas là un enseignement tout pratique pour nous ? Plusieurs ont sans doute souffert de la distraction, tout particulièrement au culte, ou dans une réunion le dimanche. On repense à son travail, à ses problèmes de la semaine, dont on s’est peut-être entretenu avec un collègue quelques moments auparavant. Si nous prenons la ferme détermination avec l’aide du Seigneur, depuis le samedi soir au lundi matin, de ne parler à personne de nos affaires ou de notre travail, ni même d'y réfléchir dans le particulier, il est certain que ce sera une grande aide pour être moins distrait dans les réunions. Surtout pensons à la Personne dont la présence est là, à qui s'adressent nos prières et nos chants.
6. La décadence
Mais tout ne fut pas réjouissant de la part des Lévites après le retour de la captivité. Plusieurs manquèrent quant à la séparation du mal; en Esdras 9.1, les Lévites étaient parmi ceux qui ne s’étaient pas séparés des peuples des pays et avaient épousé des femmes étrangères ou en avaient donné à leurs fils. Lorsqu’après beaucoup d'exercices, Esdras amène le peuple à renvoyer ces païennes, il y eut même un Lévite pour appuyer ceux qui s’opposaient à cela! (Esdras 10.15). Les noms des Lévites ainsi compromis nous sont conservés (v. 23, 24). Plusieurs listes de noms se retrouvent dans ces livres d'Esdras et de Néhémie : ces listes concernaient des Juifs qui eurent à cœur de remonter au pays de leurs pères, mais aussi des hommes qui vinrent habiter Jérusalem, malgré le renoncement que cela impliquait, et enfin ceux qui déshonorèrent leur Seigneur par des alliances idolâtres.
En Néhémie 13.10-13, nous voyons que les Lévites, délaissant leurs fonctions, avaient « fui chacun à son champ ». La responsabilité revenait — aux Lévites sans doute — mais surtout à l'assemblée d'Israël et à ses chefs qui n'avaient pas veillé à ce que les dîmes fussent apportées régulièrement pour subvenir aux besoins des serviteurs de Dieu. Nous nous étonnons parfois qu’il y ait si peu de Lévites aujourd’hui. Souvent le dévouement au Seigneur et à ses intérêts fait défaut. N'y a-t-il pas aussi une responsabilité sérieuse des enfants de Dieu qui négligent de donner aux serviteurs du Seigneur ce que lui-même a prescrit pour leur subsistance ? Le Seigneur Jésus en personne a dit: « L'ouvrier est digne de son salaire ». Comme nous l'avons vu, l’apôtre écrit aux Galates : « Que celui qui est enseigné dans la Parole fasse participer à tous les biens temporels celui qui enseigne». En Malachie 3, lorsque l'Éternel reproche à ces mêmes Juifs de le « frustrer », ils répondent, insolents: « En quoi te frustrons-nous ? » La réponse de Dieu retentit: « Dans les dîmes et les offrandes élevées. Vous êtes chargés de malédiction ». Mais il y a un chemin de bénédiction: « Apportez toutes les dîmes à la maison du trésor, afin qu'il y ait de la nourriture dans ma maison, dit l'Éternel » (v. 10).
En Malachie, les Lévites sont de moins en moins mentionnés. Le souvenir d'autrefois, apparemment celui de Phinées, est rappelé (2.4 à 8), seulement pour constater que les Lévites se sont écartés du chemin et ont fait broncher beaucoup de gens à l'égard de la loi. Pourtant le Seigneur veut se conserver, comme en tout temps, un petit résidu: « Il s’assiéra comme celui qui affine et purifie l'argent et il purifiera les fils de Lévi. Ils apporteront à l'Éternel une offrande en justice » (3. 3).
Dans le Nouveau Testament, lorsque le Seigneur est venu sur la terre, c’est à peine si les Lévites sont mentionnés. L'un d’eux descendait de Jérusalem à Jéricho et a passé, sans vouloir le regarder, loin du blessé qui gisait dans son sang. Des Lévites viennent à Jean le Baptiseur lui demander s’il est le Christ (Jean 1.19). Le seul point lumineux est que Barnabas, un Lévite (Actes 4.36), se tournant vers le Seigneur, devint une bénédiction pour plusieurs.
Conclusion
L'arche et le tabernacle ont disparu. Le temple de Salomon et celui de Zorobabel ont été détruits. Le service des Lévites s’est éteint. Tout cela n’était que « l'ombre des biens à venir, non l’image même des choses » (Hébreux 10.1). Nous avons maintenant la réalité, une réalité spirituelle. Christ, Dieu manifesté en chair, est venu sur la terre. Ressuscité et élevé dans la gloire, il a envoyé le Saint-Esprit, qui a baptisé tous les croyants pour être un seul corps et a formé l’Église contre laquelle, malgré tous les efforts de l'ennemi, les portes du hadès ne prévaudront pas. De la gloire, il a confié aux siens des dons pour que s'accomplisse au milieu de son peuple ici-bas le service dont celui des Lévites n’était qu'un type. Encore une fois, « à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ » (Éphésiens 4.7). L'exercice pour chacun est de savoir comment il y répond et si, mieux que les Lévites d'autrefois, il réjouira le cœur de son Seigneur et sera une bénédiction ou une entrave pour ceux que son cœur aime sur la terre.
Seigneur, toi qui pour nous l’offris en sacrifice,
Remplis-nous de ferveur pour mettre à ton service
Nos jours,
Nos biens,
Nos corps,
Nos cœurs,
jusqu’au jour où il pourra être dit: « Bien, bon et fidèle esclave; tu as été fidèle en ce qui est peu… : entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25.21).

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