LES ATTAQUES CONTRE L’AUTORITÉ DE L’ECRITURE
(2° partie)
d) L'autorité de la « Science ».
Parfois, c’est la crainte de ne pas paraître assez scientifiques qui pousse certains théologiens à abandonner l’autorité de l’Ecriture. Pour beaucoup, la Science moderne est devenue l’autorité suprême, par crainte de laquelle même quelques évangéliques sont tentés de faire des concessions tout à fait superflues. Pourtant, continue le Dr Lloyd Jones (médecin aussi bien que théologien), « si vous commencez à étudier l’histoire de la science, sa prétendue autorité suprême vous impressionnera de moins en moins. C’est un simple fait historique qu’il y a cent ans et moins, les savants enseignaient dogmatiquement et imperturbablement que la glande thyroïde, la glande pituitaire, et d’autres glandes n’étaient que des vestiges de l’évolution. Elles n’avaient, disaient-ils, aucune valeur ni aucune fonction... Mais nous savons aujourd’hui que ces glandes sont essentielles à la vie. Sans discuter en détail les problèmes scientifiques, je prétends que ce n’est pas seulement faire preuve de manque de foi et de respect pour l’Ecriture, mais encore d’ignorance que d’accorder à la « Science » et aux « connaissances modernes » une autorité qu’elles ne détiennent pas en réalité. Soyons scientifiquement sceptiques en face des affirmations de la « Science ». Souvenons-nous que beaucoup de ces affirmations sont de simples suppositions ou des théories indémontrables, et qui pourraient fort bien être réfutées, comme beaucoup d’entre elles l’ont été au cours du dernier siècle ».
e) La « lumière intérieure ».
Le fait de dissocier de l’Ecriture l’action et l’illumination du Saint-Esprit dans les cœurs est encore un autre danger que nous devons à nouveau mentionner. Pour les Quakers, au XVII siècle, comptaient par-dessus tout « la lumière intérieure », le témoignage intime de l'Esprit et l’expérience personnelle. Cette attitude tendit pratiquement pour quelques-uns à diminuer le rôle et l’autorité des Ecritures, et certains d’entre eux en vinrent même à dire que celles-ci n’étaient pas nécessaires. D’autre part, telle déclaration « inspirée » d’un frère dans l’assemblée avait la même validité que le texte sacré. On voit aisément où pouvait conduire une telle manière de voir.
Nous avons connu à notre époque des gens qui tenaient presque le même langage. La prééminence excessive donnée au Saint-Esprit dans leur piété, la recherche des dons, des extases et des « prophéties », les amenaient à négliger l’Ecriture. Pourquoi être lié par un livre du passé, alors que chaque jour on peut communiquer de façon infaillible avec le Dieu vivant ? Mais c’est précisément là qu'est la faille. Sans le contrôle constant de la révélation écrite, nous nous retrouvons en plein subjectivisme, et le croyant, même bien intentionné, tombe rapidement dans la déviation, l’illuminisme ou l'exaltation. Il est nécessaire de lui rappeler la défense de ne rien ôter ni de ne rien ajouter à l’Ecriture (De. 4.2 ; Apoc. 22.18-19). La presque totalité des hérésies et des sectes a trouvé son origine dans une prétendue révélation ou une expérience nouvelle de leur initiateur, en dehors du cadre strictement biblique. Il faut redire une fois de plus que le Saint-Esprit conduira, enseignera, sanctifiera toujours l’enfant de Dieu dans la ligne et par le moyen de la Parole de vérité, qu’il a lui-même inspirée.
f) Risque de confondre l'illumination et l’inspiration.
En parlant plus haut de l’illumination nécessaire pour comprendre la Bible, nous avons vu que certains la confondent avec l'inspiration. Or, les auteurs sacrés seuls, porte-parole du Seigneur, ont été gardés de l'erreur en rédigeant les manuscrits originaux. Lorsque la Synagogue ou l'Eglise ont accordé une autorité égale ou plus grande aux commentateurs de l’Ecriture, elles ont évidemment détrôné celle-ci.
Citons ici plus en détail ce que Gaussen écrit à propos des Juifs : « Ils ont considéré les rabbins des siècles successifs de la Dispersion, comme doués d’une infaillibilité qui les a mis au niveau (si ce n’est au-dessus) de Moïse et des prophètes. Ils ont attribué sans doute une espèce d'inspiration divine à la Sainte Ecriture ; mais ils ont défendu d’en expliquer les oracles autrement que d’après leurs traditions (Talmuds, Mishna, Gemaras).. « Mon fils, dit Rabbi Isaac, apprends à donner plus d’attention aux paroles des scribes qu'aux paroles de la loi ». Sur son lit de mort, Rabbi Eléazar répondait à ses écoliers qui lui demandaient le chemin de la vie : « Détournez vos enfants de l'étude de la Bible, et mettez-les aux pieds des sages ». — « Apprends, mon fils, dit Rabbi Jacob, que les paroles des scribes sont plus aimables que celles des prophètes ».
L'Eglise romaine, nous l’avons aussi remarqué plus haut, est tombée dans la même confusion. Le Concile infaillible de Trente ordonne qu’on « honore tous les livres du Vieux et du Nouveau Testament (vu que Dieu en est l’Auteur) et ensemble les Traditions concernant tant la foi que les mœurs comme ayant été dictés de la bouche de Jésus-Christ et du Saint-Esprit, et gardées en l’Eglise catholique par succession continuelle… Si quelqu’un ne reçoit pas lesdits livres tout entiers… ou, à son escient méprise lesdites Traditions, qu’il soit maudit ! » (Concile de Trente, 1er décret, session 4). Bellarmin, docteur de l’Eglise, déclare : « La Sainte Ecriture ne contient pas tout ce qui est nécessaire au salut, et n’est pas suffisante… Elle est obscure… Ce n’est pas au peuple de lire l’Ecriture Sainte... Il nous faut recevoir avec obéissance de foi beaucoup de choses qui ne sont pas dans l’Ecriture ». On peut lire en outre dans Gaussen des extraits des bulles de Clément VI (8 sept. 1713) et de Léon XII (1824) s’opposant à la lecture de la Bible en langue vulgaire. Léon XII se plaint avec douleur des Sociétés Bibliques « qui violent les traditions des Pères et le Concile de Trente, en répandant les Ecritures dans les langues vulgaires de toutes les nations… Pour détourner cette peste, nos prédécesseurs ont publié plusieurs constitutions. tendant à montrer combien cette perfide invention est pernicieuse pour la foi et pour les mœurs ».
Bien que de tels textes « infaillibles » n’aient jamais été rapportés, on peut heureusement dire que plus récemment les prêtres catholiques ont encouragé l'étude de la Bible. Il n’en reste pas moins qu’il est dangereux à toutes les époques d’attenter à la seule autorité de l'Ecriture Sainte, et de faire exactement ce que Jésus reprochait à ses contemporains : « Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition ! » (Mt. 15. 1-9).
(à suivre)
René PACHE

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