QUI A LE DROIT DE S’APPELER VRAIMENT
MEMBRE DU CORPS DE CHRIST ?
Celui-là seulement qui est lié à Christ par une communion personnelle réelle, par la foi. Non pas quiconque a été baptisé, écoute la prédication, a reçu une instruction religieuse, paie sa cotisation, se laisse nommer membre d’un conseil, occupe une fonction ecclésiastique par simple intérêt. Le critère d’appartenance à l'Eglise est net, tranché, indiscutable. Celui-là seul qui peut dire : je sais qui est mon Sauveur, et qui peut le dire sincèrement, dans une humilité vraie et une foi profonde, est membre du corps de Christ : et il le sait. Seul celui qui le sait est membre de l'Eglise, alors même que nous comptons aussi dans l’Eglise ceux qui sont destinés en vertu de l'élection divine à en devenir membres, mais qui ne le sont pas encore en réalité. Ils sont non l'Eglise actuelle mais l’Église en puissance. N’appartiennent actuellement à l’Eglise que ceux qui sont nés de nouveau... » (Emil Brunner)
La confession de foi des Eglises réformées de France (art. 27) dit bien : « Selon la Parole de Dieu, nous disons que l'Eglise véritable est la communauté des fidèles qui d’un commun accord, veulent suivre cette Parole et la pure religion qui en dépend...» et un réformé, le Pasteur P. Lecomte affirmait dans son rapport sur le membre d'église : « Il est vrai que la notion qui correspond le mieux à l’enseignement biblique est celle d’« Eglise de professants ».
Des théologiens luthériens comme Günther Harder ou Fritz Hübmer avouent: « L'Eglise est bien le rassemblement des croyants ».
« Là seulement où l’on parvient à travers la repentance et la foi biblique à une appropriation personnelle du salut et une nouvelle naissance, il y a des membres du corps de Christ » (F. Hübmer). Cependant, pourquoi ne fait-on apparemment aucun effort dans ces églises pour conformer la réalité à la théorie ?
Les représentants les plus marquants de la théologie contemporaine définissent l'Eglise comme la société des croyants :
« L'Eglise est en réalité la communauté croyante, elle est l’ensemble de ces hommes vivant ensemble par la foi qui est en eux et par le Saint-Esprit qui les gouverne et les dirige. L'Eglise est partout où des hommes vivent ensemble dans l’obéissance à la Parole de Dieu. » (Emil Brunner)
« Lorsque sous l’action du Saint-Esprit, des hommes rencontrent Jésus-Christ et par là même se rencontrent les uns les autres, une communauté chrétienne visible surgit et s’édifie. » (Karl Barth) « Nul ne lui appartient par la naissance ou l’origine, nul n’en fait partie parce qu’il appartient à une famille chrétienne ou à un peuple chrétien, ou encore en vertu de quelque disposition que d’autres auraient pu prendre pour lui. » (Karl Barth)
« Le Saint-Esprit et l’œuvre du Christ sont unis par le message qu’il faut entendre et croire et par la communauté fondée sur sa mort et sur sa résurrection dans laquelle il faut être baptisé. Lorsqu'on rompt ces liens, en donnant une place centrale à la parole et aux sacrements, on s'éloigne fondamentalement de la religion du Nouveau Testament. » (L. Newbigin)
Pourquoi ce fossé entre les affirmations de la théologie et la pratique des églises dont relèvent ces théologiens ? Faut-il croire E. Brunner quand il prétend que les hommes qui président aux destinées de ces églises ne tiennent aucun compte des résultats de la recherche théologique ? Mais quelle est alors son utilité et sa fonction pratique dans l’église ? Peut-on continuer dans ces conditions à affirmer que la Parole de Dieu est le seul fondement de l’Eglise ? De quel droit stigmatise-t-on comme « secte » ceux qui réalisent entre eux ce que les théologiens des « grandes églises » déclarent conforme à la Bible ? Quelles sont les véritables raisons pour lesquelles on tient à tout prix à maintenir les systèmes ecclésiastiques dénoncés depuis si longtemps comme anti-scripturaires par les représentants les plus autorisés des églises multitudinistes eux-mêmes ? Kierkegaard aurait-il quand même eu raison lorsqu'il prétendait que c’était une question d'influence, de puissance et d’argent ?
Alfred KUEN

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