DIVERSES THEORIES DE L’INSPIRATION DE LA BIBLE
(2° partie)
2. La Bible n’est que partiellement inspirée de Dieu.
Les très nombreux partisans d’une telle théorie la présentent de façons fort diverses :
1. l'inspiration n’a porté que sur les pensées de l’auteur sacré, et non sur les mots de ses écrits.
Dieu lui aurait suggéré les idées et les grandes lignes de sa révélation, puis l’aurait laissé libre de les exprimer à sa façon, dans son langage.
En réalité, il est évident que les idées ne peuvent être conçues et transmises que par des mots. Si la pensée communiquée à l’homme est divine et révélatrice, la forme par laquelle elle s'exprime a la plus haute importance. Il est impossible de dissocier l’une de l’autre. Dans un document juridique, tout peut dépendre d’une seule expression. Les promesses, les déclarations solennelles de la Bible tirent souvent leur force et leur portée d’un mot particulier. L'étude exégétique de l’Ecriture dans les langues originales est une minutieuse étude des mots. Si les expressions ne sont pas inspirées, cette étude perd son objet. La Bible elle-même insiste sur l'importance des mots, et nous reviendrons sur ce point en traitant de l'inspiration verbale. Quant à Paul, il dit à propos des choses révélées par l’Esprit de Dieu : «… nous en parlons, non avec des discours qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu’enseigne l’Esprit » (1 Cor. 2. 13 ; le mot grec est ici « logoi », littéralement. « mots », ou « paroles » comme dit Darby).
Derrière cette distinction entre les pensées inspirées et les mots laissés au libre choix de l’homme, se cache en réalité le refus de croire que le texte sacré fasse autorité. Que Dieu ait parlé aux prophètes, on semble l’admettre ; mais on garde toute sa liberté de rejeter et de corriger leur message écrit. On pense ainsi éliminer certains points difficiles ou obscurs du texte. En réalité, si les expressions sont inexactes ou incertaines, toute certitude de connaître la pensée de Dieu s’évanouit.
D’ailleurs, cette hypothèse irrationnelle et gratuite ne résout rien. Si certains trouvent difficile de concevoir comment Dieu guidait les auteurs dans le choix des mots de l'Ecriture, leur est-il plus facile d'expliquer comment il en a inspiré les pensées ?
Quand Moïse raconte la création du monde,
quand David récite, mille ans à l'avance, les prières du Fils de Dieu sur la Croix,
quand Salomon fait parler la Sagesse éternelle,
quand Daniel rapporte en détail, et sans bien les comprendre lui-même, les destinées lointaines du monde et du peuple de Dieu,
quand les pêcheurs ignorants de Galilée rédigent les pages sublimes de l'Evangile,
quand Paul expose les vérités les plus profondes du salut,
quand enfin Jean brosse à grands traits la fresque de l’éternité,
n’a-t-il pas fallu que les moindres paroles leur soient données par Dieu ?
Les croyants de la Pentecôte, eux, se mirent bien à parler en quinze langues diverses des merveilles de Dieu « selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer » (Act. 2. 4-11) !
Pour terminer, résumons encore quelques remarques de L. Gaussen :
Si l’on dit : les pensées sont de Dieu, mais les paroles de l’homme, on se met aussitôt à attribuer à ces paroles des contradictions, des méprises, des ignorances. Ces erreurs prétendues sont donc dans les pensées bien plus que dans les mots. Nous ne pouvons séparer les uns des autres, car une révélation de la pensée de Dieu demande toujours une inspiration de la Parole de Dieu.
Si c’est l’Ecriture qui est inspirée, c’est que Dieu a constamment veillé sur les expressions du texte, mais n’a pas toujours inspiré les autres pensées de l’auteur. Paul était dans l’erreur, en face du souverain sacrificateur, mais non lorsqu'il écrivait la parole de Dieu et que Jésus-Christ parlait en lui (Act. 23.5 : 1 Thess. 4.15 ; 2 Cor. 13.3). Pierre s’est trompé devant le Christ et à Antioche (Matth. 16. 22-23 : Gal. 2. 11-14), mais non pas lorsqu'il écrivait les oracles de Dieu. Balaam aussi, lorsque ses pensées mauvaises étaient changées en paroles de bénédiction (Nb. 22.6, 38 ; 23.5). En résumé,
l'inspiration des pensées peut être accordée au croyant
l'inspiration des paroles fait le prophète
l'inspiration des écrits fait l’auteur sacré.
Les discours les plus profonds de Cyprien, d’Augustin, de Luther, de Calvin, ne sont que des paroles d’hommes sur des vérités de Dieu ; paroles vénérables, précieuses, puissantes, mais qui, sans l’inspiration dont nous parlons, demeurent à l’état de simples sermons.
Il est possible dans des cas extrêmes de déclarer les paroles de Dieu, même sans les comprendre : Daniel écrit des choses encore « scellées ». (12. 8-9) ; Caïphe prophétise, sans mesurer la portée de sa déclaration (Jn. 11.51); le vieux prophète parle sans l’avoir voulu ni prévu (1 Rois 13. 21). C’est donc que les hommes importent beaucoup moins que le message, parlé ou écrit. Le Seigneur a pu associer l’individualité des auteurs, leur conscience, leur mémoire, leurs sentiments à ce qu’il leur faisait dire. Toutefois, le fait capital est que « ce n’est pas par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 Pi. 1.21).
Que le porteur des paroles soit puissant comme Moïse, sage comme Daniel, impur comme Balaam, ennemi de Dieu comme Caïphe, saint comme Jean, sans forme corporelle comme la voix du Sinaï, insensible comme la main écrivant sur la muraille à Babylone, à part la nécessité de l’incarnation pour nous rendre accessible le message, ce qui est primordial c’est la pensée et la Parole même de Dieu.
2. Seul l'enseignement moral et spirituel de la Bible serait inspiré.
Dieu, dit-on, aurait révélé les choses surnaturelles, inaccessibles à l’homme ; mais, ne faisant pas de miracle inutile, il aurait laissé les auteurs sacrés écrire à leur manière ce qu’ils connaissaient, surtout en rapport avec l’histoire et les conceptions de leur époque. Ainsi se seraient introduites dans la Bible beaucoup d’inexactitudes, de légendes et de notions jugées fausses d’après nos idées modernes.
A cela nous répondons que, si un témoin tient sur un point un langage faux et trompeur, il fera difficilement admettre sa véracité sur les autres.
Etait-il vraiment nécessaire que les récits historiques soient inspirés ? Il est important de souligner que la religion judéo-chrétienne s’est incarnée dans l’Histoire. Les grands faits de la révélation et de la rédemption se sont réellement passés ici-bas en un lieu et à un moment précis. Si ces faits ne nous sont connus que par des récits inexacts ou légendaires (mythiques, selon le mot à la mode), quelle certitude spirituelle pouvons-nous baser sur eux ?
La Bible elle-même affirme la véracité et la valeur spirituelle de ses récits historiques. Jésus-Christ souscrit sans aucune réserve aux grands événements rapportés par l’Ancien Testament. Paul déclare qu’ils sont écrits pour notre instruction, et qu’ils contiennent en type les vérités spirituelles de l'Evangile (1 Cor. 10. 4, 6, 11). Les auteurs des livres historiques ont eu d’autant plus besoin d’être inspirés qu’à la relation des faits tels que Dieu les voyait, ils ont mêlé de façon inextricable des révélations, des exhortations, des prophéties et des lois d’origine incontestablement surnaturelle.
C’est ainsi que le simple récit du passé contenait souvent, à leur insu et par la volonté du Seigneur, une préfiguration détaillée du Messie, de son caractère, ses souffrances, sa mort et sa gloire. Adam était « la figure de celui qui devait venir » (Rom. 5. 14) ; l’eau du déluge était « une figure du baptême » (1 Pi. 3.21) ; Agar et Sara symbolisaient les deux alliances de la loi et de la grâce (Gal. 4. 24) ; la Pâque israélite et l’agneau immolé représentaient « Christ, notre Pâque » (1 Cor. 5.7); le rocher frappé à Horeb « était Christ » (1 Cor. 10. 4), etc.
Enfin, les historiens sacrés avaient besoin d’être guidés pas à pas dans le choix des matériaux à leur disposition. Selon Jean (21.25), le monde aurait peine à contenir le récit intégral de toutes les actions du Christ. Quelle divine inspiration a été nécessaire pour produire la sobriété, la brièveté et la diversité inimitables des Evangiles (pour ne rien dire des autres livres historiques) !
Cela est si vrai que, plus on avance dans la connaissance de l’Ecriture, et plus on trouve dans toutes ses pages un enseignement spirituel. C’est naturel, puisque « tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction » (Rom. 15. 4). Sans doute verrons-nous un jour plus clairement encore que, dans la Bible, histoire, révélation et inspiration se recouvrent parfaitement.
3. La Bible « contient » — mais elle « n’est pas » la Parole de Dieu.
Tel est actuellement le slogan à la mode. Pour un grand nombre de théologiens, l’Ecriture renferme beaucoup de mythes, de légendes et d’erreurs, ce qui ne les empêche pas, disent-ils, d'y discerner à leur manière la Parole de Dieu. D’après eux, aucune personne cultivée et honnête ne peut plus affirmer la totale inspiration de la Bible. La science moderne aurait définitivement écarté cette naïve conception.
Pour Roland de Pury, « confondre Ecriture et Parole de Dieu » est aussi grave que l'erreur romaine ; la différence est capitale, et le protestantisme doit en garder le sens aigu « sous peine de glisser vers le paganisme ». La Bible n’est qu’« un témoignage rendu à la révélation », et cette dernière s'exprime au travers des contradictions du texte. Le fondamentalisme, avec son « livre tombé du ciel » est un fétichisme biblique qui escamote les difficultés, et se trouve fort adapté à la mentalité païenne » (Qu'est-ce que le protestantisme ? 1961, p. 38 ss). |
Un des théologiens les plus influents aujourd’hui, Rudolf Bultmann, s’efforce de dégager tous les mythes du texte biblique, afin de conserver l'essence de l'Evangile, le « kerygma » (en grec : proclamation), c’est-à-dire : la vérité à prêcher.
Voici quelques-uns des éléments du Nouveau Testament qui, selon Bultmann, doivent être éliminés parce que leur caractère mythologique les rend inacceptables à l'esprit moderne. Il s’agit en fait de tout ce qui est miraculeux ou surnaturel :
La préexistence du Christ
Sa naissance miraculeuse
Sa divinité
Ses miracles
Sa mort substitutive à la Croix
Sa résurrection et celle des croyants
Son ascension
Son retour en gloire
Le jugement final du monde
L'existence des esprits bons ou mauvais
La personnalité et la puissance du Saint-Esprit
La doctrine de la Trinité
La mort comme conséquence du péché
La doctrine du péché originel, etc.
Après qu’on ait ainsi «démythisé» le texte biblique, il n’est pas nécessaire de se demander ce qu’il reste de « l’essence de l'Evangile » et quelle proclamation (kerygma) on en peut encore tirer ! Cette dissection s’appliquant de façon encore plus radicale à l’Ancien Testament, on voit aisément que, si la Bible contient des éléments de Parole de Dieu au milieu des mythes et des légendes, la part de ces derniers tend forcément à tout envahir. Si Bultmann voulait être logique jusqu’au bout, pourquoi n’en viendrait-il pas à déclarer que Dieu lui-même est le dernier mythe à éliminer ? Si vraiment l’Ecriture est ainsi remplie de choses douteuses et inexactes, elle ne peut être considérée comme étant en elle-même la révélation de Dieu. C’est pourquoi ces mêmes auteurs prétendent qu’elle n’est qu’un écho humain de la révélation, un témoignage faillible rendu à la révélation. Nous retrouvons ici l’idée que Dieu aurait parlé aux auteurs sacrés, mais qu’ensuite, laissés à eux-mêmes, ceux-ci auraient mêlé à leurs souvenirs des inexactitudes, des « embellissements » et des légendes. Il saute aux yeux que, dans ce cas, il serait totalement impossible à qui que ce soit aujourd’hui de distinguer dans ce mélange la vérité de l'erreur.
Pour essayer de sortir de cette difficulté, de grands théologiens ont enseigné ceci : la Bible n’est qu’une parole humaine ; mais Dieu peut faire qu’elle devienne sa Parole, lorsqu’il nous adresse un message par son moyen. Dans ce moment de « rencontre personnelle », Dieu communique quelque chose de sa vérité ; toutefois, cette transmission ne change pas le fait que la page biblique en question demeurera une légende, un récit inexact ou tendancieux. Th. Engelder dit à ce propos que de tels hommes « refusent de croire que Dieu a fait le miracle de nous donner par inspiration une Bible infaillible ; mais... ils sont prêts à croire qu’il accomplit chaque jour le miracle bien plus grand de rendre les hommes capables de découvrir la Parole infaillible de Dieu dans la parole faillible des hommes » ( Scripture cannot be broken, p. 129).
En fait, nous avons beaucoup de peine à comprendre comment Dieu se servirait de ce qui est faux pour nous enseigner la vérité. D'autant plus que si le texte biblique est erroné, par quel critère pourrons-nous contrôler l'expérience du croyant pour lequel cette page est subitement « devenue » Parole de Dieu ? Une telle théologie ne peut que conduire à une sorte de mysticisme subjectif et irrationnel.
Arrêtons-nous encore un instant sur ce point, et pensons à la perplexité du simple croyant ébranlé dans sa foi en toute l’Ecriture. On lui dit de faire le triage, et de retenir ce qui est bon. Mais, encore une fois, comment saura-t-il distinguer le vrai du faux, l’humain du divin ? Comment s’y prendra-t-il pour classer les pages de la Bible en inspirées, semi-inspirées, et non inspirées ? Quelle autorité lui permettra de dire: Telle est, ou n’est pas la pensée de Dieu ? Ce point est d’une gravité extrême, puisque notre salut éternel en dépend. D'ailleurs, qui aurait l’audace de prétendre
d’une parole humaine : c’est Dieu qui la dite ; ou
d’une parole divine : ce n’est que l’homme qui parle ?
Vouloir décider ce qui est inspiré dans la Bible et ce qui ne l’est pas, c’est se placer au-dessus de l’Ecriture, et en perdre le divin message.
En pratique, nul ne pouvant opérer un triage, tout demeure dans une espèce de clair obscur. On vous laisse décider si tel commandement doit être pris au sérieux ou non, si telle promesse est sûre ou fallacieuse, si tel auteur est un imposteur ou un témoin véridique. Partout surgissent des points d'interrogation. La prédication elle-même en est paralysée, car l’orateur est appelé à parler sur des doctrines dont il doute, sur des récits qu’il estime légendaires. Le plus souvent, il n’osera pas dire du haut de la chaire que la création, la chute, le déluge sont seulement des mythes, et le Pentateuque une collection de documents inauthentiques. Et que peuvent prêcher ceux qui voient des mythes jusque dans la naissance miraculeuse, la croix, la résurrection et le retour glorieux du Christ ? L'un d’eux déclarait récemment dans un endroit très en vue : « Lorsque j'étais étudiant en théologie, mes camarades et moi discutions beaucoup pour savoir si, le jour de Pâques, le tombeau du Christ était vide ou non. Maintenant, j'ai compris que cela n’a aucune importance. » Il y a peu de temps, au culte de Noël, un autre prédicateur lut le récit évangélique, puis ajouta : « Voilà ce que disent Luc et Matthieu, mais nous savons maintenant que c’est une légende ». Un étudiant en théologie, chargé de préparer un sermon pour cette même fête, déclara : « Que pourrais-je bien prêcher sur un mythe ? » |
Si vraiment une grande partie des pages de la Bible est inauthentique et mythique, que reste-t-il de sûr ? Jésus lui-même se serait trompé, ainsi que les prophètes et les apôtres, car ils ont cru sans réserve au texte sacré. D'autre part, à qui faut-il se fier, car il ne saurait être question de risquer sa vie et son éternité sur un livre aussi sujet à caution. Faudra-t-il mettre sa confiance en tel grand théologien, aux théories si vite dépassées ? en l'Eglise, qui dans l’Histoire s’est montrée si souvent faillible et infidèle ? ou en notre « conscience religieuse » constamment en défaut ?
4. Christ seul est la « Parole de Dieu ».
Pour nous rassurer, certains nous disent : nous croyons sans réserve à la Parole de Dieu, mais c’est Jésus-Christ seul qui est cette Parole, la Bible elle-même n’en étant qu’un simple écho. Il est impossible d’identifier celle-ci avec celle-là. Une telle déclaration peut, au premier abord, sembler très pieuse, mais elle n’en est pas moins inexacte et incomplète. Evidemment, le Christ est par excellence la Parole divine, éternelle, créatrice, qui s’est faite chair pour nous sauver (Jean 1. 1-3, 14). Cependant, nous ne savons exactement rien sur lui, sa personne, son œuvre de salut, en dehors de la Parole écrite.
Si Jésus seul est la Parole de Dieu, indépendamment de l’Ecriture Sainte, de quel Christ s’agira-t-il en réalité ? Si celui de Matthieu, de Jean, de Paul est sujet à caution, sera-ce celui de Bultmann, de Robinson, ou de quelque théologien célèbre corrigeant toujours à nouveau le texte sacré ?
Quant à la Bible elle-même, elle ne cesse d’affirmer qu’elle est la Parole de Dieu. L’Ancien Testament répète 3808 fois les expressions synonymes suivantes : « Le Seigneur dit», « ainsi parle l’Eternel », « la Parole de l’Eternel me fut adressée en ces mots », etc. Le Psalmiste, comme Jésus lui-même, appelle la loi (l’Ecriture de l’Ancien Testament) « la Parole de Dieu » (Ps. 119.9 ; Matth. 15.6). Ce nom est même donné par le Nouveau Testament à la parole prêchée par Christ et ses apôtres (Luc 5.1; Act. 13.44 ; et surtout 1 Thess. 2.13).
(à suivre : La Bible serait un livre seulement divin,
ayant été dicté mécaniquement aux hommes)
René PACHE

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