DIVERSES THEORIES DE L’INSPIRATION DE LA BIBLE
(3° partie)
3. La Bible serait un livre seulement divin, ayant été dicté mécaniquement aux hommes.
L'auteur sacré aurait été totalement passif, enregistrant et transmettant la révélation comme le ferait aujourd’hui un magnétophone. Sa personnalité aurait été entièrement mise de côté, afin que le texte soit pur de tout élément faillible et humain. C’est ainsi que, selon les Musulmans, le Coran, déjà entièrement rédigé en arabe dans le ciel, serait descendu sur la terre sans aucun changement quelconque. Pour cette raison également, on s’est longtemps refusé à permettre aucune traduction du Coran, qui ne pouvait exister que sous la forme parfaite donnée à Mahomet. D’après les négateurs de l’inspiration plénière de la Bible, notre conviction théopneuste nous amènerait forcément à cette attitude-là. Hâtons-nous de dire qu’une telle conception n’est absolument pas la nôtre, bien qu’on nous l’attribue constamment. Nous constatons au contraire que Dieu n’a pas du tout anéanti la personnalité de Moïse, de David, de Jean, de Paul. On reconnaît leur style, leur tempérament, leurs sentiments personnels (p. ex. Rom. 9. 1-5). Leurs écrits portent la marque de leur époque et reproduisent la couleur locale des lieux où ils ont été rédigés. C’est pourquoi l’étude minutieuse du cadre historique, culturel et linguistique des livres sacrés contribue considérablement à l’intelligence de leur sens spirituel. Une dictée mécanique aurait produit une uniformité complète de toutes les pages de la Bible, ce qui est très loin d’être le cas.
F.E. Gaebelein relève que « malheureusement, il existe une tendance persistante à caricaturer (notre) position, et à prétendre que l’inspiration plénière ne peut être qu’une dictée mécanique. Voici à peu près comment se dessine cette caricature : Les rédacteurs de la Bible étaient à peine mieux que des dictaphones vivants, enregistrant mécaniquement les paroles de l’auteur divin. L’individualité de l’instrument humain était anéantie, puisqu'il n’avait qu’à reproduire le message comme un perroquet. Quant à notre Bible actuelle, elle est exempte de toute erreur, et même la ponctuation a été transmise sans modification. On déclare ensuite qu’une telle opinion est insoutenable intellectuellement, et ne peut convenir qu’aux plus ignares » (The Meaning of Inspiration, IVCF Chicago 1950, p. 9-10).
Pourquoi s’obstine-t-on à attribuer aux croyants évangéliques une théorie aussi fausse, que personne à notre connaissance ne soutient aujourd’hui ? C’est parce que nous reconnaissons la double nature de l’Ecriture : l'inspiration divine de toutes ses pages, aussi bien que son caractère réellement humain. Un trait aussi surnaturel ne paraît pas acceptable aux modernes incrédules, même religieux. Pour eux, affirmer l'inspiration divine de toute la Bible, c’est écarter toute participation des auteurs sacrés ; c’est déifier l’Ecriture que de la recevoir « en bloc comme si elle était tombée du ciel ». Il est alors possible de l’interpréter de la façon la plus littéraliste, et de faire acte de véritable « bibliolâtrie ».
En réalité, ces critiques refusent tout simplement de croire au miracle. Il n’y a pour eux que deux possibilités :
Si le texte était entièrement de Dieu, il aurait forcément été dicté mécaniquement (ce qui est une absurdité) ;
Si l’homme y a partout sa part, l’Ecriture est forcément faillible, pleine de légendes, d’exagérations et de fraudes « pieuses » (ce qui rend son témoignage irrecevable).
Les Juifs et les docètes des premiers siècles n’avaient-ils pas la même attitude à l'égard du Christ ? Pour eux, le Messie aurait dû être seulement Dieu, son humanité n’étant qu’une simple apparence ; ou : seulement homme, donc faillible, capable de mensonge et même d'imposture.
Or, l'Evangile consiste précisément en ce que Christ, dans sa perfection, est à la fois Dieu et homme, tout comme la Bible entièrement inspirée est en même temps de l’homme et de Dieu.
On a souvent prétendu que la « dictée mécanique » avait été enseignée par les Réformateurs, et plus encore par les théologiens luthériens du XVII° siècle. Toutefois, des auteurs aussi sérieux que Robert Preus (The Inspiration of Scripture, a Study of the Theology of the 17th Century Lutheran Dogmaticians, Ed. Oliver and Boyd, London 1955), et James I. Packer (Fundamentalism and the Word of God, Ed. Inter-Varsity Fellowship, London 1958) affirment que ces hommes n’ont jamais entendu le mot « dictée » dans le sens qu’on leur attribue. Packer écrit : « Parce que les évangéliques croient que les auteurs bibliques ont été complètement sous le contrôle du Saint-Esprit, on a souvent supposé qu'ils soutenaient la théorie de l’inspiration mécanique… Il n’en est rien. Cette théorie n’est rien d’autre qu’un homme de paille. On peut affirmer avec certitude qu’aucun théologien protestant, de la Réforme à nos jours, ne l’a jamais pro- fessée ; et certainement pas les évangéliques actuels… Il est vrai que beaucoup de théologiens des XVI° et XVII siècles ont parlé de l’Ecriture comme ayant été « dictée par le Saint-Esprit ». Mais tout ce qu’ils voulaient dire était que les auteurs écrivaient mot pour mot ce que Dieu désirait… Le terme « dictée » était toujours employé dans un sens imagé... La preuve en est que, pour répondre à la question : De quelle manière l'Esprit opérait-il dans l'esprit de l’auteur ? ils répondaient toujours par le terme, non pas de dictée, mais d’accommodation. Ils affirmaient à juste titre que Dieu adaptait complètement son activité inspiratrice à l’état d’esprit, à la perspective, au tempérament, aux intérêts, aux habitudes littéraires et aux particularités stylistiques de chaque auteur » (p. 78 ss.). Une notion mécanique de l'inspiration n’était pas seulement étrangère à ces dogmaticiens, mais ils la condamnaient ouvertement et formellement. Ils déclaraient absurde l’idée de considérer les auteurs comme des objets inanimés. Si Dieu « dictait », il inspirait et suggérait (ces mêmes théologiens parlent volontiers d’une « Eingebung », d’une communication intérieure). De leur côté, les auteurs sacrés prenaient la plume volontairement, consciemment, par conviction et expérience, spontanément. Si ces deux affirmations semblent paradoxales et contradictoires, ces mêmes théologiens n’ont fait aucun effort pour les harmoniser, comme d’ailleurs bien d’autres paradoxes de l’Ecriture.
Le professeur B. B. Warfield n’est pas moins catégorique au sujet des Eglises Réformées. « On ne doit nullement s’imaginer que la doctrine de l'inspiration plénière proclame une théorie d’inspiration mécanique. Les Eglises Réformées n’ont jamais soutenu une telle théorie, bien que souvent elles en aient été accusées par des polémistes peu honnêtes, négligents, ignorants ou trop zélés... Les Eglises Réformées affirment en effet que chaque parole des Ecritures, sans exception, est la Parole de Dieu ; mais en même temps elles déclarent aussi formellement que toute parole y est de l’homme ». On reconnaît en effet « la fervente impétuosité de Paul, la tendresse et la sainteté de Jean, le génie pratique de Jacques, dans les écrits que par eux le Saint-Esprit a donnés pour notre instruction » (The Inspiration and Authority of the Bible, p. 421).
Qu’en est-il des hommes du Réveil de Genève, auxquels tous les milieux évangéliques de langue française doivent tant ? Louis Gaussen, auteur du livre classique sur « La Théopneustie », répudie en ces termes la théorie de dictation qu’on cherche à lui attribuer. « On m'impute quant à l'inspiration des Ecritures une théorie repoussante qui ne fut jamais la mienne, et contre laquelle j’ai toujours protesté... De tous les systèmes imaginés pour expliquer l'inspiration, il n’en est pas de plus contraire à la large part que j'attribue à l’individualité des écrivains sacrés dans la composition des Ecritures » (« La véritable doctrine de M. Gaussen sur l'inspiration des Ecritures », Trois Lettres, p. 17, 2-3).
Quant à la fin du XIXe siècle, J.I. Packer cite quatorze des théologiens évangéliques les plus célèbres qui eux aussi répudient formellement la théorie de la dictée mécanique. En 1893, B. B. Warfield écrivait : « Il devrait être superflu de protester à nouveau contre l’habitude d’accuser les partisans de « l'inspiration verbale » d’expliquer celle-ci par une dictée » (op. cit., p. 173). Packer ajoute : « Cela devrait être encore moins nécessaire en 1958, mais l'erreur la plus flagrante a la vie dure ! » Le fameux résumé de la foi intitulé « The Fundamentals » (d’où vient l’épithète de « fondamentaliste »), réfute expressément cette même théorie. Il est donc clair qu’elle est une pure invention théologique ; elle n’a jamais existé à aucun moment du siècle passé, sauf dans l'imagination de certaines personnes (J. I. Packer, op. cit., pp. 178-179).
Pour A. Saphir, la « dictée mécanique» est un non-sens. En effet, si l’homme est préservé de l’erreur et du péché, cela ne signifie aucunement qu’il perd son individualité et son originalité. Si l'Esprit remplit son intelligence de clarté et d’amour, et l’affranchit devant Dieu, il est dans son état normal. Dans le ciel, les saints auront l’individualité la plus marquée. Comment ne pas relever une variété admirable parmi les écrivains sacrés, provenant de leurs différences de profession, de langue, d’époque, de pays. Ne serait-il pas absurde de penser « qu’Esaïe écrivait le chapitre 6 de son livre sans un sentiment d’adoration émue et tremblante ; que Jérémie écrivait le livre des Lamentations en simple copiste, qui, sans une vibration du cœur et sans larmes dans les yeux, obéissait à une voix supérieure ; que David, chantant le Ps. 23 ou le Ps. 103, n’avait pas le cœur plein de joie et de reconnaissance ; que Paul, dans ses lettres à ses Eglises, ne leur offrait pas le riche trésor de son expérience personnelle et de son amour ? » (op. cit., pp. 101-111).
Quant à Erich Sauer, il écrivait il y a très peu d’années : « Ne nous y trompons pas. Nous ne parlons pas d’une inspiration qui serait une dictée de la parole rigide et mécanique. Cela serait complètement indigne d’une révélation divine. On trouve une inspiration mécanique (dictée automatique) dans l’occultisme, le spiritisme et par conséquent dans le démonisme, où le mauvais esprit produit ses inspirations en écartant (par substitution) et en excluant l’individualité humaine. La révélation divine, au contraire, n’a rien à faire avec une telle suppression de la personnalité. Elle ne se prêtera pas à l'annulation des lois de l’état conscient instituées par Dieu, pas plus qu’à la transformation de l’homme en un automate. Elle produira une intensification et une élévation des facultés humaines, plutôt que leur exclusion. « La lumière ne peut produire les ténèbres, mais au contraire une vue plus aiguë. » La révélation divine vise à la communion entre l'esprit humain et l’Esprit divin. Elle cherche à sanctifier et transfigurer la personnalité, en la préparant au service. Elle désire, non des « médiums » passifs, mais des hommes de Dieu actifs ; non des instruments morts, mais des collaborateurs du Seigneur vivants et sanctifiés : non des esclaves, mais des amis (Jn 15.15). C’est pourquoi l'inspiration n’est pas mécanique, mais organique ; non pas magique, mais divinement naturelle ; non pas une dictée sans vie, mais une Parole vivante produite par l'Esprit. Seulement ainsi la Parole de Dieu peut être celle de l’homme, et la parole de l’homme celle de Dieu » (op. cit., pp. 104-105).
Le Dr André Lamorte enfin repousse lui aussi catégoriquement la théorie qui fait des écrivains sacrés des organes purement passifs (La nature de l'inspiration des Ecritures, Beatenberg 1957, p. 22 ss.).
Malgré tout ce qui précède, la remarque suivante d'Edw. J. Young n’est que trop exacte : « Il y a un point sur lequel presque tous les théologiens modernes semblent d’accord : Quoi que nous fassions, disent-ils, une chose nous est impossible, c’est de retourner à l’ancienne croyance orthodoxe de l’Ecriture dictée mécaniquement. Nous ne voulons pas d’une conception statique de l'inspiration qui fait des auteurs des automates ou de simples sténographes » (Thy World is Truth, Ed. Eerdmans 1957, p. 15).
Quant à nous, nous n’avons nul besoin non plus de retourner à une telle croyance (imaginaire), car nous ne l’avons jamais professée.
René PACHE

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