LETTRE OUVERTE D’UN ANCIEN AUX JEUNES DE L’EGLISE
Chers jeunes gens,
Sachez tout d’abord que je vous bénis, que je pense beaucoup à vous et que je prie de tout mon cœur pour que vous ayez une « belle vie » selon Dieu, c’est-à-dire une existence utile et fructueuse pour lui. Comme des écoliers le jour de la rentrée des classes, vous étrennez un cahier neuf, celui de votre vie, et je souhaite ardemment que vous en remplissiez toutes les pages à sa gloire.
Sachez aussi que le temps passe terriblement vite, et que si vous estimez avoir toute la vie devant vous, elle s’écoulera à une telle cadence qu’un jour, plus tôt que vous le pensez, le sablier du temps sera presque écoulé et vous vous demanderez où ont bien pu passer toutes ces décennies. Vous imaginez peut-être que vous êtes à des années-lumière du grand âge, mais de mon côté, quand je ferme les yeux, je remonte le temps à la vitesse d’un éclair et je me dis : « C’était hier… » Sachez que j’ai été comme vous et qu’un jour, vous serez comme moi.
Sachez que je ne suis pas, que je ne serai jamais « vieux » dans le Seigneur, contrairement à ce que vous me répétez souvent. Certes, ma date de naissance et les traits de mon visage semblent indiquer le contraire, mais si mon corps se détériore irrémédiablement, mon homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2 Corinthiens 4.16). Je pense même que plus l’être extérieur se dégrade, plus l’être intérieur brille d’un vif éclat. Après tout, lorsque Gédéon a combattu les Madianites, c’est lorsque les cruches ont été brisées que la lumière des flambeaux a resplendi dans la nuit et que les Israélites ont remporté la victoire !
Depuis que je suis en retraite, j’aime faire de longues promenades et contempler la magnifique création de mon Dieu, surtout en automne. J’ai remarqué que c’est juste avant de tomber à terre que les feuilles des arbres brillent avec le plus d’éclat et qu’elles arborent les couleurs les plus chatoyantes.
Saurez-vous reconnaître ma valeur, ou m’appellerez-vous « papy » avec condescendance ? Me donnerez-vous encore l’occasion de servir le Seigneur ou me réduirez-vous à faire des parties de scrabble ou des mots croisés pour « tuer le temps » ? Direz-vous avec arrogance : « Mon petit doigt est plus gros que les reins de mon père » (2 Chroniques 10.10), au risque de provoquer des dégâts considérables, comme le prouve la suite de ce déplorable épisode biblique ?
Je m’efforce de m’adapter à vous, d’apprendre à vous connaître et à vous apprécier. Me rendrez-vous la pareille ? Tenterez-vous de franchir le fossé des générations afin que nous puissions, vous et moi, servir Dieu ensemble, comme un seul corps ?
Savez-vous que les anciens peuvent parfois servir de « garde-fous » ? Dans Juges 2.7, il est écrit que « le peuple servit l’Éternel pendant toute la vie de Josué, et pendant toute la vie des anciens qui survécurent à Josué ». Après cela, « chacun fit ce qui lui semblait bon », et le livre des Juges nous montre quelles conséquences désastreuses cela a provoqué. Les anciens ont donc leur utilité !
Après plus de cinquante ans de conversion, il me semble avoir encore tout à apprendre. Et si vous aviez, vous aussi, bien des choses à apprendre ? Et si nous pouvions, nous les anciens, contribuer humblement à vous les enseigner ?
Avec toute mon affection fraternelle,
Un ancien de l’Église
A. NEUHAUSER

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