L’ÉGLISE MEDIEVALE

 

 

L’ÉGLISE MEDIEVALE

 

Nous avons vu combien l’Église est née au cœur d’Israël, enracinée dans les promesses faites au peuple juif, puis comment, du IIᵉ au Vᵉ siècle, elle s’en est progressivement détachée. 

Dans cet article, nous entrons dans une période à la fois sombre et décisive : le Moyen Âge, du Ve au XVe siècle. C’est durant ces siècles que la séparation entre l’Église et Israël devient presque totale. Et c’est également à cette époque que se forment de nombreux préjugés et incompréhensions qui marquent encore la pensée chrétienne aujourd’hui. 

On peut dire que le Moyen Âge n’a pas seulement oublié Israël, il a agi pour son effacement. Alors, quel est l’antidote à cet aveuglement, celui de l’Eglise durant un millénaire, mais qui perdure encore dans les esprits au 21e siècle ? La Parole, rien que la Parole. En lisant notamment que Dieu considère Israël comme son trésor personnel, un peuple qui lui appartient, en hébreu ‘am segoula. Deutéronome 7.6 : « Car tu es un peuple saint pour l'Eternel, ton Dieu ; l'Eternel, ton Dieu, t'a choisi, pour que tu sois un peuple qui lui appartienne entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre ». 

 

 

Une Église sans Écritures… et sans Israël 

 

À partir du Vᵉ siècle, une grande partie de l’Église en Occident n’a plus accès à la Bible. Le peuple ne lit plus les Écritures. Elles ne sont plus enseignées en hébreu, ni en grec, mais dans une langue que très peu comprennent : le latin. C’est St Jérôme (Jérôme de Stridon, 347-420) qui, à la demande du Pape, traduisit l’Ancien Testament à partir de l’hébreu. Cette traduction, appelée plus tard Vulgate - la « version rendue commune » - devient la Bible officielle de l’Empire. Pourtant, on enferma la Parole dans une langue que le peuple ne comprenait plus. Ainsi à mesure que l’Église se latinise, les Écritures s’éloignent des langues bibliques et deviennent l’apanage du clergé, accentuant encore la rupture avec le monde juif et avec l’Église des premiers siècles. 

Néhémie 8.8 : « Ils lisaient distinctement dans le livre de la Torah de Dieu, et ils en donnaient le sens pour faire comprendre ce qu’ils avaient lu ».

 

 

Israël devient “le peuple déicide” 

 

Pendant le Moyen Âge, se répand cette idée folle que « les Juifs sont responsables de la mort de Jésus ». C’est ce qu’on appelle la doctrine du « peuple déicide ». Elle vient de l’ignorance des Écritures, de la peur, et parfois même de la manipulation politique. Mais pendant des siècles, elle va justifier : des expulsions, des humiliations, des ghettos, des conversions forcées, et parfois des massacres. Pour beaucoup de chrétiens médiévaux, Israël n’est plus le peuple de Dieu… mais un peuple maudit. 

 

 

Un monde chrétien sans les Juifs 

 

À cette époque, la plupart des pays chrétiens expulsent les Juifs : la France (1306 et 1394), l’Angleterre (1290), l’Espagne (1492), le Portugal (1497) … Ce n’est pas un accident de l’histoire : c’est une politique religieuse. 

L’idée, c’était : « Le peuple de Dieu, maintenant, c’est nous. Les Juifs n’ont plus leur place. » Les Juifs deviennent alors un peuple errant, souvent persécuté, vivant dans l’insécurité permanente. Là encore, ce n’est pas la pensée de Dieu : c’est l’effet d’une Église coupée de ses racines. 

 

 

L’Ancien Testament considéré comme secondaire 

 

Pendant tout le Moyen Âge, l’Ancien Testament est très peu lu. On le considère : trop « juif », trop difficile, ou dépassé par l’Évangile. On n’y voit plus les promesses pour Israël, ni les prophéties sur la fin des temps, ni le fil de la rédemption. Le résultat est que l’Église qui a perdu la première moitié de sa Bible… ne peut plus comprendre la deuxième moitié. Et beaucoup de doctrines chrétiennes médiévales viennent de là : d’un christianisme sans Israël, et d’un message centré sur l’Église elle-même, au lieu d’être centré sur le plan de Dieu. 

 

 

L’Église devient un empire religieux 

 

Au Moyen Âge, l’Église n’est pas seulement un lieu spirituel : elle devient un système politique, une institution qui régit la société, qui fait des lois, qui contrôle les consciences. Dans cet empire religieux, il n’y a plus de place pour la diversité des croyants, encore moins pour un peuple qui n’entre pas dans le cadre chrétien officiel. Donc Israël n’est plus vu comme la racine biblique… mais comme un problème à gérer. 

 

 

Des conciles dévastateurs 

 

Après le Ve siècle, la rupture entre l’Église et le peuple juif a été scellée - jusqu’à enfoncer « le clou sur le cercueil d’Israël ». Voyons cela au travers les Conciles, qui avaient pour but de fixer les règles religieuses. 

Le Concile de Chalcédoine (451), dans la montée du pouvoir impérial, a fait que l’Église devient l’Église de l’Empire, coupée des racines juives. Le Moyen Âge institutionnalise l’idée que la synagogue est « déchue ». 

On passe sur les Conciles de Tolède (6e et 7e siècle) qui briment encore plus la liberté des Juifs, et l’on voit combien sous Charlemagne (8e et 9e siècle), les Juifs sont marginalisés. 

Le concile de Latran IV (1215) : c’est le moment le plus grave. On impose aux Juifs le port de signes distinctifs : le chapeau pointu, la rouelle, l’ancêtre de l’étoile jaune imposée par les Nazis. C’est aussi l’interdiction des fonctions publiques pour les Juifs, et l’institution de quartiers réservés qui deviendront des Ghettos au 16e siècle. Latran IV n’est pas seulement théologique : c’est un tsunami social et politique qui renforce durablement l’humiliation d’Israël en Europe chrétienne.

Les Croisades (1096–1291). Bien qu’elles ne soient pas un concile, elles représentent un tournant historique : massacres de communautés juives, conversions forcées, pillages, destructions de synagogues… Pour les Juifs, les Croisades ont été une catastrophe comparable à une Shoah médiévale. Elles sont un fruit direct de la théologie médiévale qui voyait Israël comme aveuglé et coupable. 

Prenons vite notre antidote : la Parole qui évoque le peuple juif. 

Esaïe 61.9 : « Leur descendance sera connue parmi les nations, et leur postérité parmi les peuples. Tous ceux qui les verront reconnaîtront qu'ils sont une descendance bénie de l'Eternel ». 

 

 

Une rupture qui engloutit les prophéties 

 

En se coupant d’Israël, l’Église médiévale perd aussi le sens de la prophétie. Elle ne lit plus les promesses du retour du peuple juif sur sa terre, les prophéties sur Jérusalem, ni les annonces du retour du Messie. Pour elle, toutes les prophéties sont « spiritualisées », transformées en symboles, appliquées à l’Église elle-même. Le résultat est que pendant 1000 ans, on ne s’attend plus à voir Israël revenir sur sa terre. Et quand cela commencera au XIXᵉ siècle, beaucoup de chrétiens ne comprendront pas ce qui est en train d’arriver. 

2 Pierre 1.19 : « Nous tenons pour d'autant plus certaine la parole prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur ». 

Le Moyen Âge a laissé dans l’Église un lourd héritage : celui d’une foi coupée de sa racine, d’une lecture déformée de la Bible et d’un regard faussé sur Israël. Comment peut-on renier ce qui est sur le cœur du Père ?... « Celui qui juge Israël, touche la prunelle de son œil » (Zach 2.8). 

 

Pendant un millénaire, les préjugés ont remplacé les promesses, la tradition a étouffé la Parole. Mais Dieu n’a jamais changé. Il n’a ni révoqué son Alliance, ni oublié son peuple. Aujourd’hui encore sa Parole nous appelle à ouvrir les yeux, à revenir à la racine qui nous porte, et à reconnaître sur Israël le signe fidèle de son plan. Si l’Église veut marcher dans la vérité, elle doit laisser cette lumière rallumer ce que les siècles ont obscurci. 

 

Gérald FRUHINSHOLZ

 

 

 

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