LA REFORME

 

LA REFORME

 

Précédemment, nous avons vu comment, pendant mille ans, le Moyen-Âge a coupé l’Église de ses racines bibliques, et d’Israël. 

Mais au 16ᵉ siècle, quelque chose d’extraordinaire va se produire : Dieu va rallumer la lumière de sa Parole. C’est le temps de la Réforme avec Luther, Calvin, Zwingli et d’autres. La Réforme a révolutionné l’Église. Mais a-t-elle restauré la relation avec Israël ? Pas encore. Dans cet article, nous allons voir ce qu’elle a réparé, et ce qu’elle n’a pas réparé. 

Relisons ce verset de Paul à Timothée, qui montre l’importance absolue de la Parole, lue, méditée et mise en pratique. 

2 Timothée 3:16-17 : « Car toute l'Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à la volonté de Dieu. Ainsi, l'homme de Dieu se trouve parfaitement préparé et équipé pour accomplir toute oeuvre bonne ». 

 

 

Les Précurseurs de la Réforme 

 

Quand on parle de la Réforme protestante, on évoque souvent un nom : Martin Luther. Mais cette vision est trompeuse. La Réforme n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle est l’aboutissement d’un long travail souterrain, d’une soif biblique qui traverse tout le Moyen-Âge. Pour comprendre la Réforme, il faut donc remonter avant Luther. 

Avec les Vaudois, du nom de Pierre Valdo, la Bible est redonnée au peuple. Dès le 12ᵉ siècle à Lyon, Pierre Valdo fait traduire des passages de la Bible dans la langue du peuple. Il encourage la lecture directe de l’Évangile et une vie simple, fidèle à Christ. Les Vaudois prêchent la Parole et seront persécutés. 

John Wyclif va plus loin encore. En Angleterre au 14ᵉ siècle, Wyclif affirme que l’Écriture est l’autorité suprême, au-dessus des institutions. Sous son impulsion, la Bible est traduite entièrement en anglais. 

En Bohême, Jan Hus au 15e siècle, influencé par Wyclif, prêche en langue tchèque. Il dénoncera les indulgences - le fait de payer pour être sauvé - les abus de pouvoir, les doctrines sans fondement biblique. Arrêté et jugé, il sera brûlé vif en 1415 à Constance. 

 

 

Gutenberg et l’impression de la Bible 

 

En 1450, l’allemand Johannes Gutenberg invente l’imprimerie à caractères mobiles. C’est une révolution. Sans l’imprimerie, il n’y a pas de diffusion massive des Écritures, pas de propagation rapide des idées réformatrices, pas de Réforme européenne. Gutenberg imprima la Bible en latin. Avant, la Bible circulait sous forme de manuscrits écrits conservés par les scribes juifs (soferim), les gardiens du texte hébreu, avec une rigueur extrême. Les moines-copistes dans les monastères jouèrent également un rôle de transmetteurs de la Parole, en la recopiant minutieusement à la main. 

Ainsi avant Gutenberg, les Juifs étaient déjà les maîtres du texte. Ils n’avaient pas encore l’imprimerie, mais ils ont été parmi les tout premiers à l’exploiter de façon systématique, surtout pour la Bible hébraïque (la première Bible hébraïque sort en 1488). 

 

 

Quelques Réformateurs 

 

Martin Luther (1483–1546) a eu le courage spirituel de s’opposer à un système religieux dévoyé au nom de la vérité biblique. Le 31 octobre 1517, Martin Luther, ancien moine, placarde ses 95 thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg. Il y dénonce le commerce des indulgences, affirmant que le pardon ne s’achète pas mais vient de la grâce de Dieu. Il a remis l’Écriture au centre. Il affirmera ces slogans de foi avec la formule latine du « Sola » : seule… 

Sola Scriptura : L’Écriture seule est l’autorité suprême pour la foi. 

Sola Gratia : La grâce seule sauve l’homme, sans mérite humain. 

Sola Fide : La foi seule permet d’être justifié devant Dieu. 

Jean Calvin (1509–1564) se distingue par sa rigueur théologique et sa vision structurée de la foi chrétienne. Il a cherché à ordonner l’Église autour de l’enseignement biblique et de la sainteté de vie. À Genève, il organise l’Église, structure la vie spirituelle et morale de la cité, et y rédige une grande partie de son œuvre. Son influence y est telle que Genève devient un centre majeur de la Réforme, parfois appelée la « Rome protestante ». 

Ulrich Zwingli (1484–1531), réformateur suisse, a prôné un retour radical à l’Écriture. Il a insisté sur la sobriété du culte et la centralité de la prédication. Son approche a contribué à purifier la foi de nombreux abus médiévaux. 

William Tyndale (1494–1536), réformateur anglais, a consacré sa vie à traduire la Bible en anglais, au prix de l’exil et du martyre. Il croyait que chaque croyant devait pouvoir lire la Parole dans sa langue. Son travail a profondément influencé les traductions bibliques ultérieures. 

Psaume 119:129 : « Tes lois sont des merveilles, aussi je les garde avec soin. La révélation de tes paroles éclaire, elle donne de l'intelligence aux simples ». 

 

 

Réforme pour la Parole mais sans Israël 

 

Jean Calvin reconnaît Israël, mais de manière théologique, non nationale ou prophétique. Il affirme clairement que Dieu n’a pas rejeté le peuple juif, et il enseigne la continuité de l’alliance. Cependant, Calvin spiritualise fortement Israël selon l’interprétation allégorique chère à St Augustin ; les promesses sont vues comme accomplies en Christ. Israël est compris avant tout comme le peuple de Dieu selon la foi, et non comme une réalité nationale ou territoriale future. Il n’attend pas l’instauration d’un Royaume terrestre à la fin des temps, considérant cette pensée comme « une fiction puérile ». 

Esaïe 52:8 : « La voix de tes sentinelles retentit ; elles se font entendre, elles poussent ensemble des cris d'allégresse, car de leurs propres yeux elles voient le retour de l'Eternel à Sion ». 

 

Ce qui arrive à la Réforme est paradoxal : on lit les prophètes sans en comprendre la portée. On étudie les alliances, on redécouvre la fidélité de Dieu. Mais on applique tout à l’Église, et très peu à Israël. En d’autres termes, on restaure la Bible, mais pas la vision biblique d’Israël. Il faudra encore plusieurs siècles pour que l’Église comprenne qu’Israël n’est pas remplacé, que l’Alliance et les promesses de Dieu ne sont pas annulées, et que la terre d’Israël n’est pas une notion spirituelle ou symbolique. 

Martin Luther n’a aucune théologie d’Israël prophétique, et il a une position profondément ambivalente envers les Juifs. Au début, il espérait leur conversion par un retour à l’Évangile et défendait une attitude bienveillante. Mais à la fin de sa vie, déçu par leur non-conversion, il tiendra des écrits très violents et antijuifs. 

 

 

Une espérance prophétique 

 

Pourtant au 16ᵉ siècle, quelque chose a bougé. Quelques voix ont compris que les promesses pour Israël sont encore valables. Par exemple, certains Protestants lisent littéralement les prophètes, des théologiens pensent que Dieu ramènera un jour Israël sur sa terre, des chrétiens commencent à prier pour le peuple juif. Ce n’est pas encore un mouvement. C’est une étincelle, mais cette étincelle va grandir au fil des siècles. Sans la Réforme, personne n’aurait pu comprendre ce que Dieu allait faire au 19ᵉ et 20ᵉ siècle : le retour du peuple juif sur sa terre. 

Amos 9:14-15 : « Je ramènerai les captifs de mon peuple Israël… Je les planterai dans leur pays, et ils ne seront plus arrachés… » 

La Réforme a été un réveil immense. Elle a rallumé la lampe de la Bible et redonné vie à l’Église. Mais Dieu n’a pas terminé son œuvre. Il est grand temps que l’Eglise du 21e siècle comprenne les plans divins, et mette définitivement aux oubliettes la théologie de remplacement ! Relisons les prophètes et croyons que Dieu est fidèle pour accomplir toutes ses promesses. 

 

Gérald FRUHINSHOLZ

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0