ISRAËL REDECOUVERT

 

 

 

ISRAËL REDECOUVERT

 

 

Dans les articles précédents, nous avons vu comment l’Église est née au cœur d’Israël, comment elle s’en est progressivement éloignée pendant plus d’un millénaire, et comment la Réforme a restauré l’autorité de la Bible, sans encore restaurer la place d’Israël. Dans cet article, nous entrons dans une période charnière. Une époque où, peu à peu, des chrétiens commencent à redécouvrir une vérité longtemps oubliée : Israël n’est pas terminé, et Dieu n’a jamais annulé son Alliance. Du 17ᵉ au 19ᵉ siècle, un réveil prophétique discret, silencieux, mais profondément puissant, commence à émerger. 

 

 

Une Bible ouverte… mais un angle mort 

 

La Réforme a remis la Bible entre les mains du peuple. C’est une révolution spirituelle majeure. Mais pendant encore deux siècles, la majorité des chrétiens lisent les prophètes sans vraiment penser à Israël. On lit les promesses de retour et de restauration, d’une terre et de Jérusalem, mais on les applique presque toujours symboliquement à l’Église. Israël reste un angle mort. Un grand voile couvre encore la compréhension du plan de Dieu. Jusqu’au jour où des croyants osent relire les prophètes autrement. 

 

 

Les premières questions prophétiques 

 

Au 17ᵉ siècle, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne, des chrétiens osent poser la question : « Et si les promesses faites à Israël étaient littérales ? Et si Dieu allait réellement ramener le peuple juif sur sa terre ? » Cette question n’est pas nouvelle. Elle était déjà sur les lèvres des apôtres eux-mêmes. 

Actes 1.6-7 : « Seigneur, est-ce à ce moment-là que tu rétabliras le royaume pour Israël ? Il leur répondit : Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ». 

Jésus ne nie pas la restauration d’Israël. Il en précise seulement le calendrier. Ces croyants commencent alors à lire la Bible sans filtre. Ils voient clairement un peuple réel, une terre réelle, un retour réel. Ce sont les premières étincelles du réveil prophétique. 

 

 

Le Royaume à venir et le retour du millénarisme 

 

Au 17ᵉ siècle renaît une doctrine ancienne, fondée sur Apocalypse 20 : le millénarisme. Elle affirme que l’histoire suit un plan divin : le Royaume messianique n’est pas seulement spirituel, et Israël y joue un rôle central. Après des siècles d’interprétation allégorique héritée d’Augustin, des Protestants redécouvrent une lecture littérale et prophétique des Écritures. Ils parviennent à une conviction simple mais décisive : Dieu n’a jamais annulé ses promesses faites à Israël. L’idée d’un Royaume où Israël est restauré et où les croyants ressuscités règnent avec le Messie, reprend place dans la lecture biblique. 

Apocalypse 20.6 : « Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! … et ils régneront avec lui pendant 1000 ans. » 

 

 

Des voix prophétiques avant l’heure 

 

Plusieurs théologiens affirment alors que le rassemblement d’Israël sur sa terre est une étape nécessaire de l’accomplissement prophétique. Parmi eux, Johann Alsted (1588-1638), Yan Comenius (1592-1670), Isaac Newton (1643-1727). À cette liste s’ajoute Pierre Jurieu (1637-1713) théologien huguenot exilé en Hollande. En 1686, il écrit : « Dieu a conservé le peuple juif dispersé depuis près de deux mille ans, non par accident, mais pour une œuvre future, visible et historique. » En effet, comment croire que les jugements contre Israël se sont accomplis littéralement, et que les promesses de restauration seraient seulement spirituelles ? 

 

 

L’Angleterre, laboratoire prophétique 

 

L’Angleterre joue un rôle central dans cette redécouverte. Au 17ᵉ siècle, sous Oliver Cromwell, les Juifs sont réadmis officiellement en Angleterre. Des Puritains estiment que leur dispersion, puis leur retour, sont liés à l’accomplissement des prophéties bibliques. Dès 1650, certains chrétiens demandent que l’Angleterre soutienne le retour d’Israël en Terre promise. Au 19ᵉ siècle, cette conviction devient publique : des hommes politiques, diplomates et théologiens britanniques parlent ouvertement de la restauration nationale d’Israël, bien avant le sionisme moderne. 

 

 

Prier pour Israël 

 

Au 17ᵉ siècle, le mouvement s’élargit encore. En Angleterre, en Écosse et dans plusieurs pays protestants, des pasteurs commencent à prier… pour les Juifs. Beaucoup n’en ont jamais rencontré un seul. Mais ils lisent la Bible et comprennent que Dieu n’a pas fini avec Israël. Ils prient pour la protection, la consolation, la restauration, et même le retour sur la terre promise. C’est une révolution silencieuse, mais profonde. Parmi ces pionniers, les Frères Moraves jouent un rôle absolument majeur. 

Au 17ᵉ siècle, sous l’impulsion du comte Zinzendorf, ils lancent une prière ininterrompue, 24 heures sur 24, pendant plus de cent ans. Et au cœur de cette prière, il y a Israël. Ils croient que Dieu est fidèle à ses alliances, les promesses faites à Israël sont irrévocables, et que l’histoire avance selon le calendrier de Dieu. Sans bruit, ils préparent des générations entières à comprendre Israël bibliquement. 

 

 

L’explosion du réveil prophétique 

 

Au 19ᵉ siècle, le mouvement s’intensifie. En Europe et en Amérique, de plus en plus de chrétiens relisent les prophètes littéralement. Ils lisent : Ézéchiel, qui annonce le rassemblement d’Israël sur sa terre, Zacharie, qui parle de Jérusalem comme d’une ville réelle, Ésaïe, qui proclame la consolation d’Israël, Amos, qui annonce un pays rebâti et replanté. Ils découvrent aussi Jérémie, Osée, Michée… Peu à peu, une conviction s’impose : ces promesses n’ont jamais été annulées. Pour la première fois depuis près de 16 siècles, des chrétiens osent se conformer aux prophètes. 

Amos 9.14 : « Je ramènerai les captifs de mon peuple d'Israël ; ils rebâtiront les villes dévastées et les habiteront, ils planteront des vignes et en boiront le vin. » 

 

 

Structure théologique et figures clés 

 

Au 19ᵉ siècle, John Darby clarifie la chronologie prémillénariste et affirme clairement que : Dieu a un plan pour Israël, Dieu a un plan pour l’Église. D’autres figures marquent cette époque : John Wesley (1703-1791) et les Méthodistes, Charles Spurgeon (1834-1898) qui proclame le retour des Juifs en Israël, Lord Shaftesbury (1801-1885) qui plaide politiquement pour ce retour, et William Hechler (1845-1931) qui reconnaît dans l’action de Theodor Herzl l’accomplissement des prophéties bibliques. 

 

 

La contre-offensive : le rejet de la révélation 

 

Mais tous ne reviennent pas à la Bible. En parallèle du réveil prophétique, se développe « le siècle des Lumières ». La raison humaine est placée au-dessus de la révélation divine. La Bible est critiquée, relativisée. Avec Charles Darwin (1809-1882) le monde peut être expliqué sans Créateur. Avec Julius Wellhausen (1844-1918) la Bible devient une construction humaine. Deux visions du monde avancent alors en parallèle : l’une fondée sur la Parole de Dieu, l’autre sur l’autonomie de l’homme. Et cette tension marquera profondément les siècles suivants. 

 

 

Le réveil prophétique 

 

Le réveil prophétique des 17-19e siècles pose une question : lisons-nous la Bible pour qu’elle confirme nos systèmes de pensée bien établis… ou pour qu’elle nous révèle les plans divins ? 

Réalisons finalement que si Dieu a tenu ses promesses envers Israël à travers les siècles, alors nous pouvons être certains d’une chose : Il tiendra aussi toutes celles qu’il a faites envers nous.  

 

Gérald FRUHINSHOLZ 

 

 

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