LA FAIBLESSE, ARME DE DIEU
(2° partie)
« Ma puissance s'accomplit dans la faiblesse » (2 Cor. 12.9).
Lire : 1 Cor. 1.25, 2.5 ; 2 Cor. 12. 7-10.
UN PARADOXE
Notre difficulté n'est pas que nous soyons trop faibles, mais que nous sommes trop forts pour Dieu. Jacob ne devint un prince puissant avec Dieu que lorsque le tendon de sa force eut été touché. Ce sont les boiteux qui prennent part au pillage (Es. 33.23). Dieu considère nos handicaps comme des alliés, et notre détresse extrême lui fournit l’occasion idéale de se révéler.
D. L. Moody n'avait pas reçu la meilleure éducation. Les nombreuses lettres que l’on possède de lui sont émaillées de fautes. Physiquement, il n'avait rien d’attrayant, et sa voix était nasillarde. Mais tout cela n’a pas empêché Dieu de l'utiliser pour secouer le monde. Un reporter chargé de suivre ses campagnes d’évangélisation et de découvrir le secret de sa puissance déclara : « Je ne trouve rien chez Moody qui explique son œuvre merveilleuse. » Et Moody d'ajouter en souriant, quand il lut le reportage : « C’est évident ! C’est l’œuvre de Dieu, et non la mienne.» Sa faiblesse était l’arme de Dieu.
Mais Dieu ne se limite pas à des hommes comme Moody. Voyez comment il a employé Paul, celui précisément qui a écrit les passages cités à l’entête de ce chapitre. Du point de vue humain, il pouvait être rangé parmi les sages, les puissants, les nobles. Tout était à lui: puissance intellectuelle, âme ardente, zèle enflammé, logique irrésistible ; mais il ne se reposait sur aucune de ces choses. « Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu... Moi-même j'étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance » (1 Cor. 2.1, 3-4). Il possédait tout ; mais il renonça à s’en prévaloir pour s’abandonner complètement à son Dieu parfaitement suffisant.
Moïse, comme jeune érudit, était plein de suffisance. Il voulut délivrer à sa façon Israël. Mais Dieu l'envoya au désert où, pendant quarante ans, il apprit à l’école de la solitude la leçon de la faiblesse humaine. Il en fut pénétré à un point tel que, lorsque Dieu l’appela, il avança sept raisons pour ne pas faire la volonté de Dieu, renseigné qu'il était sur son incapacité propre.
Il invoque le fait qu’il n’est pas qualifié (Ex. 3.11), qu'il n’a pas de message à délivrer (v.13), qu'il n'a pas d'autorité (4.1), pas d'éloquence (v.10 et 11), qu’il n’a pas d'adaptation spéciale (v.13), qu'il n’a enregistré aucun succès (5.23) et qu'il n'a pas été accepté par son peuple (6.12). Pouvez-vous comparer sa liste d'arguments à la vôtre ? Il serait difficile de trouver un ensemble si complet de défauts. Son humilité et son opposition plurent-elles à Dieu ? « Alors la colère de l'Eternel s’enflamma contre Moïse » (4.14). Les excuses que Moïse accumula pour prouver son incapacité furent précisément la raison pour laquelle Dieu le choisit.
Pour chaque prétexte, Dieu avait une réponse satisfaisante et la promesse d’un secours approprié. Ce que Moïse oubliait, c’est que lorsque Dieu appelle, nous pouvons être certains qu'il équipera pour la tâche. La faiblesse devint pour Moïse l'arme de Dieu quand il s’abandonna aux ressources illimitées de Dieu. Notre « Qui est suffisant pour ces choses ? » peut être le cri de désespoir de l'incrédulité. La réponse joyeuse de la foi est: « Notre capacité vient de Dieu » (2 Cor. 2.16 ; 3. 5).
Dans l'histoire de la victoire remportée par Gédéon et ses trois cents hommes, nous retrouvons le même principe, mais vu sous un autre angle. La manière dont Gédéon réagit à l’appel de Dieu fournit un bon exemple de l’homme qui prend conscience de son incapacité réelle : « Ah! mon Seigneur, avec quoi délivrerai-je Israël ? Voici, ma famille est la plus pauvre en Manassé, et je suis le plus petit dans la maison de mon père » (Juges 6.15). Mais, encouragé par les promesses de l’Eternel et par les signes reçus, il répondit à l’appel. Les trente-deux mille hommes rassemblés autour de lui paraissaient lamentablement incapables d'affronter cent trente-cinq mille Madianites ; néanmoins, ils étaient « trop nombreux » (7.2) aux yeux de Dieu. L'épreuve du courage en élimina vingt-deux mille, mais les dix mille qui restaient étaient « encore trop nombreux » (7.4). Seuls trois cents hommes ardents et disciplinés purent passer au travers du crible du test final (7.6). La troupe de Gédéon était en terrible minorité : quatre cent cinquante contre un. Mais au lieu de les armer d’engins meurtriers puissants, l'Eternel ordonne de les armer de cruches fragiles, de torches allumées et de trompettes rudimentaires. Jamais stratégie militaire n’a paru aussi absurde que celle-là ! Et pourtant, les hommes obéissants choisis par Dieu gagnèrent cette journée. « Tout le camp se mit à courir, à pousser des cris, et à prendre la fuite » (7.21). Le nombre d'hommes et l'équipement tout à fait insuffisants furent largement compensés par l’omnipotence de Dieu. La faiblesse extrême de la troupe de Gédéon devint l’arme avec laquelle il remporta la victoire.
Et pourquoi donc Gédéon, l’inexpérimenté, fut-il dépouillé de toutes ressources humaines ? « Le peuple pourrait en tirer gloire contre moi, et dire : C’est ma main qui m'a délivré » (7.2), raison proche de la déclaration faite par Paul : « afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1.29).
C’est ici la stratégie de Dieu : que le monde connaisse que le christianisme — tant les triomphes de la foi dans les vies que la marche en avant de la mission de l'Eglise — ne doit pas être expliqué par la vertu ou la capacité de l’homme (car en contemplant les hommes qui sont en cause, une telle explication serait manifestement absurde). C'est pourquoi la seule explication possible doit être surnaturelle et divine.
(à suivre)
Oswald SANDERS

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