LES CITATIONS DE L’ANCIEN TESTAMENT DANS LE NOUVEAU (3° partie)

 

 

LES CITATIONS DE L’ANCIEN TESTAMENT

DANS LE NOUVEAU

(3° partie)

 

 

3. Liberté avec laquelle les citations sont faites.  

 

a) Les auteurs du Nouveau Testament se sentent autorisés à paraphraser le texte cité, ou à en tirer seulement le mot ou la pensée en rapport avec leur objet. Il leur arrive de rendre librement le texte hébreu, plutôt que de le traduire littéralement, afin de souligner particulièrement une de ses nuances. Ils se permettent parfois de légères modifications telles qu’un changement de pronom, la substitution d’un nom à un pronom, ou vice-versa ; la modification d’une forme verbale, etc. Nous ne faisons pas autre chose lorsque nous cherchons à actualiser un texte que nous citons. Quelqu’un a dit : « Une soigneuse paraphrase qui rend parfaitement compte d’un certain écrit, est parfois préférable à une longue citation. »  

Voici par exemple la manière diverse dont le texte d’Es. 6.9-10 est cité et même légèrement remodelé suivant le contexte où il vient s’insérer.  

 

Esaïe dit: « Rends insensible le cœur de ce peuple, endurcis ses oreilles et bouche-lui les yeux, pour qu’il ne voie point de ses yeux, n’entende point de ses oreilles. »  

 

Jésus, citant ce passage, le modifie ainsi : « Le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles. » (Mat. 13.14-15). |  

 

Jean utilise ailleurs la même phrase encore autrement : « Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu’Esaïe a dit encore : Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leurs cœurs, de peur qu’ils ne voient des yeux, qu’ils ne comprennent du cœur... » (Jn. 12.39-40).  

 

Paul reprend à Rome la paraphrase de Jésus en disant : « … ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux... » (Act. 28.25-27).  

 

Il ressort de ceci qu’un passage peut être cité librement, surtout par le Seigneur lui-même. Les modifications ci-dessus ne changent pas le sens profond du texte, et ceux qui le citent sont eux-mêmes des auteurs inspirés. Chacune des nuances relevées est juste : le peuple a endurci son cœur, le message prophétique qu’il refuse aggrave cet endurcissement — finalement, c’est Dieu lui-même qui endurcit les incrédules. (Voyez le cas identique de Pharaon : Dieu annonce qu’il endurcira le cœur du roi, Ex. 4.21 ; Pharaon commence par endurcir son cœur, 7. 13, 22 ; 8.15, 28 ; 9.7 ; après quoi Dieu fait ce qu’il a dit : Il endurcit à son tour le cœur du potentat, 9.12, etc.) […]

 

 

b) Il arrive aussi que les auteurs sacrés ne se réfèrent pas à des versets précis de l’Ecriture, mais résument l’enseignement d’un passage ou de l’ensemble des livres canoniques sur un certain point. La « citation » dans ce cas n’est plus un mot, mais plutôt un condensé d’un texte connu des auditeurs ou des lecteurs. Voici quelques exemples de ces « citations de substance » comme on pourrait les appeler :  

 

Mt. 2.23: le Christ appelé Nazaréen. 

5.31: la lettre de divorce ordonnée par Moïse. 

5.33: le parjure et le serment au Seigneur. 

12,3-4: l'épisode de David mangeant les pains de proposition. 

12.5: l'holocauste par lequel les sacrificateurs violent le sabbat dans le temple. 22.24: la loi du lévirat.

24.15: l’abomination de la désolation dont a parlé Daniel.

26.24: le Fils de l'homme s’en va « selon ce qui est écrit de lui» (cf. v. 54, 56).

etc.

 

René PACHE

 

 

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