LA MUSIQUE DANS NOS EGLISES : SERVANTE OU DEESSE ?

 

 

 

LA MUSIQUE DANS NOS EGLISES : 

SERVANTE OU DEESSE ?

 

 

Avant toutes choses, je bénis Dieu pour tous ceux qui servent Dieu de tout leur cœur, avec humilité et consécration. 

Béni soit Dieu pour les chanteurs et les musiciens chrétiens qui mettent leurs talents au service du Seigneur, veillant en premier lieu à la qualité de leur vie spirituelle, s’appliquant à vivre dans une communion véritable avec Jésus-Christ, et cherchant à être toujours remplis du Saint-Esprit, comme le dit l’Ecriture ! 

« Il y avait encore de bonnes choses en Juda. » (2 Chroniques 12.12). Mais je ne peux m’empêcher de tremper ma plume dans la plaie béante d’une fraction de l’Eglise. N’en déplaise à beaucoup.

 

Nous assistons depuis quelques années à une submersion musicale dans les églises. Les uns sont enthousiasmés, surexcités même ; les autres, désorientés, profondément affligés.

Certains de ces nouveaux temples, que l’on n’oserait encore appeler « Maisons de Dieu », sont devenus des déversoirs de vomissures sonores. Une dame, dont la maison est contiguë à une église, se plaignait du vacarme dominical envahissant sa demeure. Certains cultes sont aujourd’hui le rendez-vous du tintamarre pseudo-spirituel. Les temps de Réveils, caractérisés par la puissance et la souveraineté de l’Esprit, s’en sont allés, perdus dans l’oubli d’un Dieu pourtant immuable. Dans ces heures glorieuses, les sourds étaient guéris. L’Ephphatha – le mot libérateur de Christ - n’avait rien perdu de son autorité guérissante. Aujourd’hui d’autres miracles se produisent : certains bien-entendants ressortent sourds des offices, les tympans massacrés par une acoustique beuglante. Pas de pitié pour les oreilles fines. Avec la déferlante actuelle, le vieil Evangile – pourtant éternel – a muté. On assiste, impuissants, à une métamorphose inversive : le papillon est devenu chenille. On est passé de la musique de l’onction à la musique de l’excitation – émanation de la chair surgissant des profondeurs de la terre. Il arrive même que les sons rentrent et ressortent par la sueur dégoulinant de corps survoltés. Nos cantiques ne sont plus nos cantiques. Nos sons ne sont plus nos sons. Le peuple, surtout des jeunes, exulte. La religion du veau d’or serait-elle de retour ? Si vous n’aimez pas, partez ! Et c’est ce qu’elles font. Elles s’en vont, méprisées, blessées, chassées, ces brebis galeuses, empêcheuses de danser, de sauter, de crier en rond. La musique devrait unir les âmes. Elle les divise. On avait pourtant chanté : « Jeunes et vieux se réjouiront ensemble… Laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï, laï… » Notez au passage la richesse du message! Même ce chant efflanqué n’est plus d’actualité. Jeunes et vieux ne sont plus ensemble. Nous sommes à l’ère d’un évangile communautariste, d’une communion fraternelle ségrégationniste. Pire, d’un conflit générationnel.      

Le prophète Amos ose parler d’une musique religieuse qui, lorsqu’elle éructe, est en abomination à l’Eternel : « Ils extravaguent au son du luth, ils se croient habiles comme David sur les instruments de musique » (6.5). Par la bouche du même prophète, Dieu fustigeait vivement ceux qui se livraient à la musique sans que leur cœur soit pleinement tourné vers lui : « Je hais, je méprise vos fêtes… Ôte de devant moi le bruit de tes cantiques ; et la musique de tes luths, je ne l’écouterai pas » (5.21, 23). 

Je me souviens de l’époque où un couple de chanteurs chrétiens avait assisté à un show à l’Olympia – et s’en était vanté – pour améliorer ses prestations dans les églises. Le chemin était frayé. 

Plus récemment, des jeunes chrétiens regrettaient de ne pouvoir participer à la Star Academy ; ils rêvaient d’être ainsi formés pour mieux animer la louange au sein de leur communauté ! 

Une église avait choisi « la joie » comme thème de la fête de Noël. Judicieux et prometteur ! Sauf que… au milieu de la représentation, une dame interpréta la chanson de Charles Trénet « y’ a d’la joie ! ». On va glaner dans un autre champ que celui de Boaz ! Pire, on surfe sur la vague du blasphème !

La dérive a pris de la vitesse au point que des journalistes chargés d’enquêter sur un évangélisme volcanique ont usé de précautions oratoires : « Vous n’allez pas assister à un concert-rock », préviennent-ils, « mais à un culte ! ». De vastes salles rassemblant plusieurs milliers de fidèles n’ont rien à envier aux Zéniths de nos grandes villes. Le décor est au top de la technologie : scènes impressionnantes, lumières, sonorisation de pointe, écrans géants, fumigènes. Nous sommes si loin de la simplicité dans laquelle a paru l’Homme de douleur ! Lui est venu sans éclat, sans attirer les regards. Mais il a attiré les foules, bouleversé les consciences, pourfendu l’arrogance des puissants, dépouillé les dominations sataniques.

C’est l’onction de l’Esprit qui confère à la musique ses vertus bénéfiques. Mais quelle signification peut encore avoir ce mot dans le cœur de nombreux croyants ? Faute d’enseignement, le désir et la recherche de ce sceau divin ne sont plus des priorités. Qu’ils le deviennent à nouveau ! Quand l’Esprit de Dieu fait monter les musiciens « sur les hauteurs du pays » ; lorsque ces musiciens mangent les fruits du champ de la grâce ; lorsqu’ils sucent le miel du Rocher, ils sont alors oints de « l’huile qui sort du rocher le plus dur » (Deutéronome 32.13), et leurs instruments produisent des sons imprégnés de la gloire du sanctuaire. Elisée demanda qu’on lui amenât un joueur de harpe. Comme le musicien jouait, la main de l’Eternel fut sur Elisée. Et l’homme de Dieu prophétisa. David, chantre de l’Eternel par excellence, prenait la harpe, jouait de sa main, et le mauvais esprit se retirait de Saül.

L’huile qui était portée par les sacrificateurs dans le lieu saint du Tabernacle provenait d’olives concassées. Dieu fait grâce aux humbles. Il utilise des cœurs brisés. Il travaille avec ceux qui acceptent de n’être plus rien pour que Christ soit tout, ceux qui ôtent leurs souliers devant la révélation du buisson ardent. L’Eternel ne siège pas au milieu du star-system évangélique et de ses royalties. Il ne donnera jamais sa gloire à un autre ni son honneur aux idoles. Les plus beaux cantiques sont souvent nés d’une détresse qui a été une source de consolation pour d’innombrables chrétiens. Où sont les Paul Gerhardt qui venait de tout perdre dans la guerre : femme, enfants, foyer, et qui composa le cantique : Befiehl du deine Wege (Recommande ta vie et ce qui blesse ton cœur aux soins attentifs de Celui qui dirige les mondes. Lui qui mène vents et nuages à travers leurs chemins et leurs voies, trouvera bien un sentier sur lequel ton pied pourra marcher) ? Où sont les Horace Spafford qui, après avoir perdu ses quatre enfants dans le naufrage du paquebot « La ville du Havre », composa le chant mondialement connu : « Quel repos céleste, Jésus, d’être à toi, à toi, pour la mort et la vie… » ? Et les Charlotte Elliot, qui fut infirme presque toute sa vie ? Elle écrivit « Tel que je suis, sans rien à moi, sinon le sang versé pour moi, et la voix qui m’appelle à toi, Agneau de Dieu, je viens ! » ? Dans sa jeunesse, elle avait ardemment goûté aux plaisirs du monde ; elle vint à Dieu par le ministère de César Malan, et vécut appuyée sur la puissance du Seigneur et sur ses promesses. Et les Sankey, Théodore Monod, Ruben Saillens ? Et une nuée d’autres encore ? Tous ceux-là avaient appris à se pencher sur le sein de Jésus et à entendre les battements de son cœur. Les profondeurs de Dieu étaient leur source d’inspiration. Le ciel devenait hymnes et poésies inspirées. 

L’invasion musicale actuelle répond à un vœu, qui n’est plus secret, de remplir les scènes évangéliques d’une atmosphère nouvelle pour en finir avec les cantiques d’un « autrefois » révolu, les chants ringards d’une génération poussiéreuse. Les vieux. Que la vague montante qui succombe complaisamment à la tentation des rythmes et des décibels sous prétexte de « vivre quelque chose », renonce intelligemment à ses préjugés ! Au nom de quoi, classer hâtivement comme dépassés des cantiques dont les paroles ont une valeur durable et dont la mélodie garde une jeunesse et une fraîcheur inaltérable ?

Des souvenirs d’enfance me reviennent. C’était l’époque où l’on chantait encore les cantiques à texte. Elle est aujourd’hui en perdition, broyée par les rythmes anglo-saxons et les orgies de décibels. On n’a pas vu, ou pas voulu voir le torrent qui a tout emporté, les psaumes trempés de la rosée de l’Hermon céleste, les hymnes venus d’en haut, les cantiques jaillissant de l’inspiration de l’Esprit. En ce temps-là, chaque goutte de l’onction divine rafraîchissait les cœurs desséchés, les ondées tombant du sanctuaire revigoraient les esprits languissants. C’était comme une pluie printanière. Nous sommes entrés dans l’ère de l’affadissement spirituel. Le texte chanté est-il squelettique ? Qu’à cela ne tienne ! On invite l’auditoire à le reprendre dix fois de suite. A la fin de cette interminable et épuisante répétition, le message proclamé n’en a toujours pas gagné en richesse spirituelle. 

Souvent, le style musical est plus important que le chant lui-même. Un pasteur – désirant s’attirer les faveurs de la jeunesse – faisait remarquer à l’auditoire que le cantique venant d’être chanté était du RnB (rhythm and blues).

Il y a pire. La musique a pris le pouvoir. Elle est omniprésente, ou presque, dans les rassemblements de chrétiens. Une sorte de coup d’Etat enjoué, aux allures spirituelles, s’est produit au fil du temps. On chante, on joue de la musique. Beaucoup, beaucoup trop. J’avais été invité à prêcher lors d’un rassemblement d’églises de la région parisienne. La place m’a été laissée après une heure et demie de chants. Les chorales se succédaient au point d’en avoir une indigestion. Quand vint le moment d’apporter le message de Dieu, j’eus l’impression de venir arroser un champ déjà inondé. J’ai limité mon intervention à vingt minutes, ce qui m’a valu les compliments de l’un des pasteurs organisateurs : « C’était très bien, le message a été court ». Pour lui, incontestablement, l’essentiel n’était pas la Parole de Dieu. Déesse « Musique » avait trôné. 

Rome vénérait Apollon. L’Egypte antique célébrait le dieu de la musique, Hathor. La Grèce antique avait sa muse, Euterpe, spécifiquement associée à la musique, souvent représentée tenant un aulos. Nous avons la nôtre.

La musique accompagne la fin des prédications, histoire de mettre l’auditoire en condition psychologique. Tout est réglé de façon minutieuse. Les musiciens savent quand il faut remonter sur la scène. Les premiers accords se font entendre tandis que le prédicateur lance un appel à la repentance, à un retour à Dieu, à une remise en question… On va cueillir les coloquintes sauvages de la sensiblerie. La mort est dans le pot. Jésus d’abord, la toute première Eglise ensuite, et plus tard les communautés visitées par le torrent de feu d’un authentique Réveil n’avaient nul besoin de recourir à de tels artifices. Le Saint-Esprit était à l’œuvre. Il était Tout-Suffisant. Les fruits étaient là, abondants et glorieux. A. Kuen rappelle que « la musique ne peut pas créer les dispositions spirituelles pour nous approcher de Dieu, seul le Saint-Esprit a ce pouvoir. N’essayons pas de nous servir d’elle comme d’un instrument de manipulation psychologique ; les fruits seraient à la mesure de l’instrument, c’est-à-dire psychiques, mais non spirituels, fugaces mais non durables ». J.-F. Wilson lui fait écho, en précisant – n’en déplaise à beaucoup – que « la musique ne peut, par elle-même, amener les gens à adorer ». Voulons-nous ignorer que l’adoration en esprit et en vérité a sa source non dans le sentiment, mais dans l’esprit, dans la volonté et dans l’amour de Dieu ?

Même le temps de la célébration de la Cène ne parvient pas à arrêter la musique. Comme il est regrettable que chants et musique empêchent les prières spontanées, la manifestation de quelque don spirituel, et en tout premier lieu un profond recueillement au souvenir des souffrances de la Croix ! 

Il nous convient de consulter les Ecritures. En parcourant l’Ancien Testament, on ne peut qu’être impressionné par l’importance de la musique au sein du peuple de Dieu. Elle était présente dans tous les aspects de la vie quotidienne : aux jours de joie comme aux jours de deuil, au foyer, pendant les travaux des champs, aux moissons, aux vendanges, au moment des départs, comme à celui des retrouvailles. Elle était associée, bien évidemment, à la vie religieuse, personnelle et collective. Elle accompagnait l’exercice du ministère prophétique, ainsi que le culte régulier du Temple. Les chants et la musique retentissaient pendant les sabbats et les fêtes. Tous les moments de la journée, toutes les époques de l’année étaient imprégnés de chants et de jeux d’instruments divers. De la musique toujours et partout.

Mais quelle n’est pas notre surprise en cherchant la place de la musique dans le Nouveau Testament ! Comme le constate si justement A. Kuen, « le Nouveau Testament, il est vrai, contient relativement peu d’indications au sujet de la musique… pas de mention de la musique instrumentale ».

Un petit air de flute nous parvient dans l’évangile de Matthieu ; celle « des enfants assis dans la place publique » (Matthieu 11.17). Mais c’est une scène décrite par Jésus dans l’une de ses paraboles. Luc nous fait entendre la musique joyeuse dans la maison d’un père qui fête le retour de son fils, le prodigue (Luc 15.25). C’est, là encore, une parabole de Christ. Chez Jaïrus, dont la fille unique vient de mourir, « les joueurs de flûte » sont là, en vrai, et non peints sur la toile d’un récit parabolique. Au milieu d’une foule bruyante, ils mêlent leurs notes lugubres à la désolation de cœurs brisés et sans espérance (Matthieu 9.23). Nous entendons le son de la trompette célébrant la gloire éphémère des hypocrites, à l’heure de leur aumône dans les synagogues et dans les rues (Matthieu 6.2). Le Seigneur fait allusion à « la trompette retentissante », dont le son éclatant et victorieux inaugurera un temps nouveau, celui de la magnificence « du Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire » (Matthieu 24.30). 

Et c’est tout. Et c’est peu. A part une exhortation – qui brille par sa rareté – à nous entretenir par des psaumes, des hymnes, et des cantiques spirituels, nous ne trouvons aucune trace de musique dans les écrits apostoliques. Pourquoi la musique se fait-elle si discrète dans « l’Evangile de la gloire du Dieu bienheureux » ? Chacun devrait méditer sur cet assourdissant silence, éloquent et instructif. 

La musique doit-elle être bannie de nos cultes ? Certes non. A. Kuen a toutefois rappelé que « d’éminents serviteurs de Dieu se sont prononcés contre l’utilisation d’instruments dans le culte. Jean Calvin l’a mis au même rang que les autres rites de l’ancienne alliance (Commentaire du Ps.23). John Wesley a dit qu’il ne voyait pas d’objection à ce que l’on ait des instruments de musique dans leurs chapelles « pourvu qu’ils ne soient ni vus ni entendus » (cité par A. Clarke, Commentary Vol.IV p.686). Luther appelait l’orgue « un emblème de Baal » et John Knox le qualifiait de « caisse de sifflets ». C.H. Spurgeon ne s’est jamais servi d’instruments dans son Metropolitan Baptist Tabernacle (Leroy Bronlow 45 p.176-185). C’est pourquoi les membres de ces Eglises ne chantent jamais avec un accompagnement instrumental ». Certains souriront de ces excès. D’autres les rejetteront avec mépris et colère. Dans un souci d’équilibre, disons « oui » à la musique. « Mais attention », suggère A. Kuen, « ne tombons pas de Charybde en Scylla ! Après avoir réduit la musique à la portion congrue, il ne s’agit pas de lui attribuer la part du lion. L’essentiel, dans un culte, ne sera jamais la musique, mais « l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières » (Actes 2.42). Ce point de vue me paraît d’une évidente sagesse, fondée sur les Ecritures.

La musique n’est plus accompagnatrice ; elle est dominatrice. Or, selon la Parole de Dieu, les instruments accompagnent les chants. Le petit mot avec résonne d’une façon particulière et significative dans de nombreux textes : « Chantez à l’Eternel avec la harpe ; avec la harpe chantez des cantiques ! » (Ps.98.5). Parfois les Psaumes précisent quels genres d’instruments conviennent pour accompagner le chant : « avec instruments à cordes » (Ps.4.1) ; « avec les flûtes » (Ps.5.1) ; « avec instruments à cordes. Sur la harpe à huit cordes » (Ps.6.1). « Cela implique », conclue D. Kidner, « qu’il faut prendre soin d’adapter la musique au style et à l’atmosphère des paroles.

Avec la vague submersive d’une musique déviante, on a franchi le cran d’après. La musique, loin de préparer les cœurs à l’action de l’Esprit, excite les corps. Un pasteur complimentait sa chorale parce qu’elle avait eu un beau déhanché – mouvement du bassin par lequel une personne procède à une torsion de sa colonne vertébrale pour rendre saillantes ses hanches le long de ses flancs. Des jeunes filles allaient participer à un rassemblement de plusieurs milliers de jeunes. L’une d’elle dit à sa copine : « J’espère que tes hanches et ton bassin vont bien, parce que ça va bouger ! » Ils ont été 7 000 à bouger ! Une telle atmosphère ne diffère en rien de celle des boîtes de nuit, quand bien même tous les index des sauteurs et des danseurs pointeraient vers le ciel. Comme pour se convaincre qu’ils vivent un moment d’adoration. Les Israélites, Aaron en tête, avaient décrété qu’il y aurait une fête en l’honneur de l’Eternel. Elle eut lieu. Les participants étaient fort nombreux. Ils ont chanté, dansé… autour d’un veau tout en or ! 

On décèle derrière la frénésie musicale et l’excitation des corps, l’estampille d’un post-christianisme hyperfestif, porté à briser les codes, ayant la volonté, franchement déclarée, de détruire ce qui reste d’une église jugée poussiéreuse. Les paroles d’Agur sont teintées d’une étonnante actualité : « Il est une race… qui ne bénit point sa mère » ! (Proverbes 30.11) Aujourd’hui, une nouvelle génération boit à la coupe d’étourdissement. Elle court et combat sans règles. Elle va sans repères. Qui lui jettera la pierre ? Les aînés, les uns par insouciance, négligence, ou démission, les autres trop inquiets de perdre leur popularité, leur auditoire, et leurs sources de revenus n’ont pas transmis le témoin. 

 

Il est temps Il est temps de revenir là. Là où l’apparence n’est pas de mise. Là où tout est vrai, réel, et profond. « Quand il [l’Agneau] eut pris le livre, les quatre êtres vivants et les vingt-quatre anciens se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or remplies de parfum qui sont les prières des saints. » (Apocalypse 5.8) Là, aucun siège pour les opinions personnelles, les points de vue contestataires ou contradictoires. Là, pas de niches pour les revendications, les innovations, les ambitions. Là, c’est le ciel. Dieu, seul sage, seul souverain, possédant seul l’immortalité, éclaire tout, les lieux et les êtres. La magnificence de L’Agneau resplendit sur les élus. L’illumination de l’Esprit révèle la splendeur du sanctuaire. Dieu est au-dessus de tous, parmi tous. Il est tout en tous. Les autres, les myriades de myriades et les milliers de milliers d’anges, et la foule innombrable des rachetés, se prosternent et adorent. Les vingt-quatre anciens tiennent chacun une harpe. Ils sont donc musiciens et adorateurs ; ou plus exactement adorateurs et musiciens. L’Écriture rapporte qu’ils tombent devant l’Agneau, s’agenouillent, et se prosternent, avant de préciser qu’ils tiennent chacun leur instrument de musique.

Il faut ouvrir l’Apocalypse de Jean pour entendre la musique du Nouveau Testament. En effet, depuis l’ascension de notre Seigneur Jésus-Christ, nulle mention de musiciens ni d’instruments de musique… Pourquoi donc alors est-elle omniprésente dans nos églises aujourd’hui ? Que les musiciens chrétiens accompagnent seulement avec justesse, harmonie, et modération les louanges des rachetés !

Au ciel, nul besoin pour la foule des élus d’être animée par un « groupe de louange ». La splendeur de l’Agneau lui suffit pour entonner un admirable cantique.

      Musiciens, harpes et cithares, guitares et tam-tams, tombez devant l’Agneau et adorez. Ne nous cachez ni le Trône, ni Celui qui y est assis éternellement. Quand un musicien tombe sur sa face aux pieds de l’Agneau, le musicien s’efface. Le Fils de Dieu est alors le sujet de l’admiration de ses bien-aimés. Nous sommes éblouis par sa beauté resplendissante. Et lorsqu’une musique « tombe » devant le Sauveur…

 

Quand une servante devient maîtresse, voire déesse, elle est facilement tyrannique. Remettons la musique à la place qui lui revient dans nos églises : servante. Rien de plus. Il est temps d’ôter les pierres impures, d’en mettre d’autres à leur place, de râcler et de recrépir la Maison de Dieu avec un autre mortier. La lèpre s’est étendue. Nous sommes à l’heure d’une grave crise. Qui le voit ?

 

Béni soit qui mal y panse !

 

Paul BALLIERE 

 

 

 

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