LA PROMESSE D’ABRAHAM

 

 

 

LA PROMESSE D’ABRAHAM

 

 

L’histoire d’Israël ne commence pas avec Abraham, elle commence bien plus tôt. Elle commence avec la création. Dès la Genèse, il y a une structure claire : Dieu crée l’humanité (Gen. 1-3) avec une relation avec le ciel. Puis l’humanité et la relation avec Dieu se désagrègent (Gen. 3-11). Vient alors l’apparition du péché et de la violence. Avec Noé, Dieu fonde une nouvelle humanité, mais Babel apparait avec Nimrod - l’homme fort qui prône une humanité sans Dieu. 

En Genèse 12, Dieu appelle alors un homme. Il n’y a pas un hasard, il n’y a pas de plan B, c’est un tournant. La confusion de Babel prépare le terrain à l’appel d’Abraham. Là où les hommes voulaient monter vers Dieu par leurs propres moyens, Dieu descend et appelle un homme par grâce. Babel, c’est l’unité humaine sans Dieu, alors qu’Abraham, c’est l’alliance divine en vue de restaurer l’humanité. Avant Genèse 12, il y a un contexte historique et spirituel – il est lié à l’appel d’Abraham. 

Relisons à présent la promesse de Genèse 12. 

Genèse 12.1-3 : « L'Eternel dit à Abram : Va-t’en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi ». 

 

 

Abraham - l’Alliance 

 

Genèse 12 est la promesse qui fonde l’existence d’Israël. Avant cela, il n’y a ni peuple, ni territoire, ni loi. Il y a seulement une parole. Israël naît d’une promesse divine, pas d’un projet humain.

Même si l’Alliance est mentionnée plus tard (Gen. 15 et 17), Genèse 12 en est l’annonce initiale. On peut donc parler de l’inauguration de l’Alliance abrahamique. Dès la création, Dieu établit une relation fondatrice avec l’humanité, avec Adam. Mais c’est avec Noé que le terme d’alliance apparaît clairement (Gen. 9.13), et avec Abraham que commence l’Alliance qui façonnera l’histoire d’Israël - « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi ». Genèse 12 n’est pas un repli identitaire concernant uniquement Israël, c’est une parole de bénédiction universelle, un tournant de l’histoire biblique.

 

En résumé, Genèse 12 est la promesse fondatrice qui inaugure l’Alliance d’Israël et révèle le plan de Dieu pour la bénédiction des nations. Nous devons préciser que cette Alliance est inconditionnelle ! Elle repose sur la fidélité de Dieu, malgré l’infidélité humaine. 

Dans le Proche-Orient ancien, les deux parties devant faire alliance devaient passer entre les morceaux d’un sacrifice. En Genèse 15, les animaux sont partagés (v.10-17). Mais là, Abraham est endormi, et c’est le feu de Dieu qui traverse les animaux. Cette alliance est bien inconditionnelle, car Dieu seul a agi. 

Genèse 15.10, 17 : « Abram prit tous ces animaux, les coupa par le milieu, et mit chaque morceau l'un vis-à-vis de l'autre… Au coucher du soleil, un profond sommeil tomba sur Abram… Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde ; et voici, ce fut une fournaise fumante, et un feu passa entre les animaux partagés ». 

 

 

Jacob, le combat et l’identité 

 

Avant Jacob, il y a Isaac, l’homme des puits. Isaac représente la fidélité de Dieu, la transmission générationnelle et la stabilité. Jacob, lui, est un personnage complexe. Dieu avait révélé à Rébecca que Jacob venant après Esaü serait choisi pour être le « be’hor », le « premier-né » ayant le droit d’aînesse. Il trompe alors son père en obéissant à sa mère, il fuit la colère de son frère Esaü, et fonde Israël au travers de ses douze fils avec Léa et Rachel et leurs servantes ; il aura une fille, Dina. 

Laban le beau-père de Jacob est une « préfiguration » des futurs exils d’Israël. Pendant vingt ans, Jacob travaillera pour Laban, le quittant avec ses deux femmes et les deux servantes, et ses onze fils. Benjamin naîtra plus tard. Jacob reviendra en Israël comme chef de clan riche, ce sera l’embryon d’Israël. 

Genèse 32.24, 28 : « Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche qui se démit pendant qu'il luttait avec lui … Il lui dit : ton nom ne sera plus Jacob, tu seras appelé Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur ». 

Durant ce retour, et avant de rencontrer son frère Esaü, Jacob est ainsi confronté à Dieu lui-même. « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël ». Jacob était celui « qui supplante ». Il devient Israël, « celui qui lutte avec Dieu ». 

C’est la naissance spirituelle du peuple. 

Israël naît dans une nuit de lutte. C’est là que naît son identité. Israël n’est pas un concept politique, c’est une histoire de relation avec Dieu. Dieu touche la hanche de Jacob. Le symbole est fort : Jacob a gagné, mais il en sort marqué. L’identité d’Israël portera toujours cette tension, c’est un peuple élu mais vulnérable. 

 

 

Naissance d’un peuple 

 

Lorsque Jacob revient en Canaan, il est transformé. Il ne s’appelle plus seulement Jacob, mais désormais Israël. Autour de lui, une famille s’est formée, avec ses douze fils. Mais ce n’est pas encore un peuple ; il n’y a pas de royaume, il n’y a ni frontières, ni capitale. Il y a simplement une famille porteuse d’une promesse. Et c’est à Béthel que Dieu va redonner à Jacob la promesse faite à Abraham et Isaac. 

Genèse 35.11 : « Dieu lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant. Sois fécond, et multiplie : une nation et une multitude de nations naîtront de toi, et des rois sortiront de tes reins. Je te donnerai le pays que j'ai donné à Abraham et à Isaac, et je donnerai ce pays à ta postérité après toi ». 

 

Les douze fils de Jacob vont devenir les douze tribus d’Israël (Genèse 35) : 

• Léa enfante Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Zabulon et une fille, Dina. 

• Rachel donne naissance à deux fils : Joseph et Benjamin. Joseph donnera plus tard naissance à deux tribus par ses fils : Éphraïm et Manassé (Gen. 48). 

• Bilha, la servante de Rachel, enfante Dan et Nephtali. 

• Zilpa, la servante de Léa, enfante Gad et Asher. 

 

C’est par Léa que naît Juda, porteur de la lignée royale. Quant à Benjamin, fils de Rachel, il est le seul né en terre d’Israël, à Éphrata/Bethléhem (Gen. 35.16–19). Jacob le nomme Benjamin - « fils de ma droite », et le territoire de Benjamin est Jérusalem, toujours associé à Juda. 

L’histoire des tribus est remarquable, par leur différence de caractère. L’enseignement des douze tribus est d’une grande richesse pour nous chrétiens. 

 

Il est intéressant de noter que lorsque la famille de Jacob monte en Egypte, lors de la famine du temps de Joseph, elle était composée de soixante-dix personnes (Gen. 46.27 ; Deut. 10.22). Dans la tradition biblique ce nombre est souvent mis en relation avec les soixante-dix nations du monde. Ainsi, Israël est comme une miniature de l’humanité, et la destinée d’Israël est liée à celle des nations. Autrement dit, Dieu forme un peuple, Israël, au milieu des soixante-dix nations, pour être un témoin au milieu du monde. 

Genèse 17.7 : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations : ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi ». 

Finalement, les Patriarches nous révèlent qu’Israël ne commence pas par une conquête mais par un appel, et une simple relation avec Dieu. Les racines d’Israël sont spirituelles avant d’être politiques. N’oublions jamais ceci : sur l’Olivier franc de Romains 11, c’est « la racine, Israël, qui nous porte ». 

La famille de Jacob est née, mais bientôt, une famine va les pousser vers l’Égypte. Et cette famille porteuse d’une promesse va devenir un peuple dans l’épreuve. Pourtant la promesse demeure, et l’Histoire d’Israël ne fait que commencer. 

 

Gérald FRUHINSHOLZ 

 

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