NOS RACINES RETROUVEES
Quel est le lien entre Israël et l’Eglise ?
Dans les articles précédents, nous avons parcouru près de deux mille ans d’Histoire biblique, spirituelle et humaine. Avant de nous arrêter, prenons un temps pour regarder le chemin parcouru.
Depuis le premier article, nous avons suivi une seule question, simple : quel est le lien entre Israël et l’Église ? Pour y répondre, nous avons traversé l’Histoire, pour comprendre. Ce dernier article est un temps de synthèse, pour rassembler et relier, pour laisser apparaître le fil rouge que Dieu n’a jamais lâché.
Israël, peuple de l’Alliance
Tout commence avec un appel. Dieu appelle un homme, Abraham, et il lui fait une promesse irrévocable :
Genèse 12.2-3 : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom grand et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront …, et toutes les familles de la terre seront bénies en toi ».
Israël n’est pas choisi contre les nations, mais pour les nations. À travers Israël viennent : la Torah, les prophètes, les alliances, et les promesses.
L’Église née d’Israël
Tout commence à Jérusalem. L’Église naît au sein d’Israël. Les apôtres sont juifs. Les Écritures sont celles d’Israël. La foi en Jésus s’inscrit naturellement dans l’espérance messianique du peuple juif. À l’origine, il n’y a pas d’opposition entre Israël et l’Église. Il y a une continuité vivante.
La Bible est claire : il n’y a qu’un seul Dieu, une seule Alliance, et un seul dessein de rédemption qui traverse les siècles.
Une séparation progressive
Très vite, un glissement commence. Avec l’entrée massive des païens, avec la destruction du Temple en 70, avec la rupture culturelle entre monde juif et monde grec, l’Église se détache progressivement de ses racines hébraïques. La pensée biblique hébraïque est peu à peu remplacée par une lecture plus philosophique. Israël disparaît progressivement du centre de la théologie. Ce n’est pas une rupture brutale, mais un glissement lent, aux conséquences durables. Des figures comme Justin Martyr ou Origène cherchent à défendre la foi chrétienne, mais contribuent aussi à poser les bases d’une théologie de remplacement. Peu à peu, Israël devient : « le peuple déchu », « le peuple rejeté », « le peuple du passé ». Pourtant, Dieu déclare :
Romains 11.1 : « Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Le Ciel nous en garde! Car moi aussi je suis fils d’Israël, de la semence d'Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n'a point répudié son peuple, qu'il a choisi d'avance ».
L’Église impériale : une foi sans racines
Avec l’Empire romain, l’Église change d’échelle. L’événement majeur est avec l’empereur Constantin (306 à 337) qui donne la liberté aux chrétiens. Cela semble une bonne nouvelle, le Christianisme devient progressivement la religion officielle de l’Empire. Elle gagne en pouvoir, en structures, en influence. Mais en se liant au pouvoir impérial, elle s’éloigne encore davantage de ses racines bibliques. Israël est désormais perçu comme appartenant au passé. L’Histoire continue… mais le fil semble rompu.
Le Moyen Âge : des siècles d’oubli
Le Moyen Âge n’est pas une parenthèse courte. Il s’étend sur plus de mille ans. Dix siècles durant lesquels la séparation entre l’Eglise et le peuple juif devient presque totale. Durant cette période, Israël est absent de la réflexion chrétienne. L’Église devient institutionnelle, impériale, puis féodale. La Bible est confisquée au peuple. La théologie se durcit.
Des figures comme St Augustin influencent profondément la pensée chrétienne, en affirmant qu’Israël est dispersé comme châtiment, l’Église est désormais le « nouvel Israël ». C’est aussi l’époque des persécutions et des Croisades, des ghettos, des expulsions, des accusations de « peuple déicide ». Mais dans ces siècles sombres, Dieu préserve un reste.
Esaïe 1.9, et 27 : « Si l’Éternel des armées ne nous avait laissé un faible reste… Le salut viendra pour Sion selon le droit, ses habitants qui reviendront à Dieu seront sauvés : ils obtiendront justice ».
La Réforme : la Parole restaurée
Au 16ᵉ siècle, la Réforme marque un tournant majeur. La Bible revient au centre. Avec Martin Luther, Jean Calvin, Ulrich Zwingli, la Bible est rendue au peuple. C’est une libération spirituelle immense. Mais la Réforme reste inachevée. Si la justification par la foi est restaurée, la place d’Israël reste largement incomprise. Luther lui-même, dans sa désillusion, écrira des textes très durs contre les Juifs. Mais si la Réforme restaure l’autorité des Écritures, elle ne restaure pas encore pleinement la place d’Israël dans le plan de Dieu. Une étape essentielle est franchie, mais le chemin n’est pas terminé.
Les réveils prophétiques et le retour d’Israël
À partir du 17ᵉ siècle, des chrétiens commencent à relire les prophètes. Ils osent croire que les promesses concernant Israël ne sont pas annulées. À partir de ce temps, quelque chose change.
Jérémie 29.14 : « Je me laisserai trouver par vous, dit l'Eternel, et je ramènerai vos captifs ; je vous rassemblerai de toutes les nations et de tous les lieux où je vous ai chassés, dit l'Eternel ».
Ézéchiel, Ésaïe, Zacharie, Amos redeviennent actuels : « Je vous ramènerai dans votre pays. » (Ézéchiel 36.24). Israël cesse d’être une allégorie. Il redevient un peuple réel, une terre réelle, une promesse réelle.
Le 20e siècle : la restauration d’Israël
Le 20ᵉ siècle marque un tournant historique. Après les ténèbres profondes de la Shoah, une lumière surgit : Israël renaît en 1948. « Une nation est-elle enfantée en un jour ? » (Ésaïe 66.8).
Des acteurs politiques ont joué un rôle clé, comme Theodor Herzl, mais aussi des chrétiens influents comme William Hechler ou Lord Balfour. L’Église se retrouve face à un fait : Dieu a encore le regard sur Israël. Paul l’avait annoncé : Romains 11.15 : « Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d'entre les morts ? »
Aujourd’hui, deux témoins, un seul dessein
Aujourd’hui, Israël et l’Église sont appelés à marcher ensemble. Deux témoins. Deux vocations. Un même Dieu. « La parole se tient sur la déposition de deux témoins. » (Deut. 19.15)
Israël porte l’élection, la mémoire, la terre. L’Église porte l’Évangile, les nations, le témoignage. Et ensemble, ils avancent vers l’accomplissement final : « Ainsi, tout Israël sera sauvé » (Rom. 11.26). « Les nations viendront adorer le Roi des rois, à Jérusalem » (Zach. 14.16).
Des racines oubliées… retrouvées
En retraçant ces siècles d’histoire, une chose apparaît clairement : Dieu n’a jamais changé. Ses promesses n’ont jamais été annulées. Son alliance demeure. Si le fil rouge entre Israël et l’Église a parfois semblé rompu, il a toujours été tenu par Dieu. Dieu n’a jamais changé de plan.
Tout au long de cette série d’articles, une vérité essentielle est apparue : l’Église ne peut comprendre pleinement sa foi sans retrouver ses racines ; sans elles, l’Eglise perd son identité. Les racines de notre foi plongent dans l’histoire d’Israël, dans l’Alliance, dans les promesses et dans la fidélité de Dieu. Les oublier, c’est perdre la profondeur du message biblique ; les redécouvrir, c’est retrouver la sève qui donne vie. Aujourd’hui, Dieu appelle non pas à un retour en arrière, mais à un retour aux fondements, afin que l’arbre tout entier porte du fruit.
Que cette série ne s’achève pas comme un simple enseignement, mais comme un appel : celui de revenir aux racines, non plus oubliées, mais retrouvées.
Gérald FRUHINSHOLZ

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